Littérature des 5 continents : AsieInde

Le jeûne et le festin

Anita Desai

(Fasting, feasting, 1999)
Traduction : Anne-Cécile Padoux.   Langue d’origine : Anglais
⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Dans une maison de campagne Indienne, un couple de bourgeois à la retraite vit avec ses deux filles, Uma et Aruna, en âge de marier. Ils ont aussi un enfant né sur le tard, Arun, la fierté du père. Uma est disgracieuse, pas avenante et n’a pas avancé trop loin dans ses études. Ses parents ont renoncé à la marier après deux expériences catastrophiques, et ils la gardent à la maison en tant que bonne à tout faire, tandis qu’ils cherchent un meilleur candidat pour marier la deuxième fille, Aruna. Avec le temps, le benjamin de la famille, Arun, partira faire des études aux États-Unis.

Famille, mariages et exil :

Lecture un peu mitigée même si le roman donne un aperçu intéressant du quotidien d’une famille d’extraction bourgeoise dans l’Inde de la fin du siècle XXe. Mis à part les parents qui fonctionnent comme un seul personnage appelé Mamanpapa, le personnage le plus intéressant du récit est à mon sens Uma, la fille ainée, qui a échoué autant dans ses études comme dans ses prospections de mariage. Elle se trouve à l’approche de la trentaine en tant que bonne à tout faire de ses parents, sous leur autorité tyrannique. Même si le couple est assez horrible, la situation est assumée par tous comme normal, et Uma accepte son lot malgré les multiples déceptions de sa vie. Mis à part Uma, le reste de personnages ont tous un côté froid et égoïste assez marqué.

Les premiers deux tiers du roman retracent la vie des deux sœurs Uma et Aruna, ses perspectives de mariage et leurs rapports complexes avec leurs géniteurs.  Arun, l’enfant né par surprise beaucoup plus tard, sera le protagoniste du dernier tier du livre, qui retrace la triste expérience de son exil aux États-Unis, où, malgré réussir ses études, il peinera à s’adapter aux mœurs américaines. Le personnage est gris et aussi peu avenant que ses parents. Cette dernière partie m’a semblé interminable, et pourtant l’exil, le choc de cultures et les difficultés d’adaptation, sont des sujets qui m’intéressent particulièrement. Mais le personnage d’Arun m’a semble beaucoup trop fade comme pour construire le dénouement du roman autour de lui.

À mon sens, ‘Le jeûne et le festin’ est un récit plutôt froid au style inutilement rechargé, ce qui ne m’a pas permis de rentrer facilement dans cette lecture. Néanmoins, le roman décrypte habillement les intrications du quotidien de la famille et la pression pour le mariage des jeunes filles, et l y a quand même des belles descriptions de la vie Indienne. La nourriture joue un rôle important dans la narration, peut-être en tant que métaphore du bonheur qui semble à portée de main, mais finit toujours pour s’échapper.

Anita Desai a été trois fois shortlistée pour le prestigieux Prix Booker (dont une par le roman qui nous occupe), mais c’est finalement sa fille Kiran Desai qui le gagnera en 2006 par ‘La Perte en héritage’. Les deux Desai ont un style jusqu’à un certain point similaire : très introspectif, lent et sobre, sans intrigue et par la plupart dépourvu de moments de drame, d’humour ou d’émotion. Je ne suis pas un grand admirateur ni de l’une ni de l’autre, mais ayant lu peu de chacune, je considère la fille la meilleure écrivaine.

Bref, belle écriture mais roman assez boring, qui m’a laissé un peu indifférent.


Citation :

« Manger de la viande avait été un changement révolutionnaire qu’avaient causé dans sa vie et celle de son frère les études qu’ils avaient faites. Élevés dans un milieu traditionnellement végétarien, ils avaient découvert les mérites de la viande en même temps que ceux du cricket et de la langue anglaise. »

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