(Kokoro: Sensei no Isho, 心 先生の遺書, 1914)
Traduction : Georges Bonneau et Daigaku Horiguchi. Langue d’origine : Japonais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Un jeune universitaire établit une relation d’amitié avec un homme plus âgé, qu’il appellera Sensei (maître) par respect. Au fur et mesure des rencontres entre les deux hommes, Sensei se dévoile comme quelqu’un de distant et renfermé, qui ne voit personne au-delà de sa femme et notre jeune narrateur. Tandis que l’étudiant est rempli d’admiration pour son Sensei, celui-ci ne semble avoir que du mépris par lui-même. Sensei est traumatisé par quelque chose dans son passé, dont il refuse d’en parler, même à sa femme.
Amitié et traumatismes du passé :
‘Kokoro’ est un terme japonais de difficile traduction. Littéralement ce serait ‘cœur’, mais le champ sémantique est un peu plus élargi et abrite concepts comme sentiment, amour, âme et esprit. Le récit tourne autour de tous ces sujets avec grande sensibilité et maîtrise, proposant une étude de la mélancolie des êtres humains. Petit à petit le thème du livre dérive vers l’isolement, les regrets et le sentiment de culpabilité, sujets chères à l’auteur. Le roman se situe vers la fin de l’ère Meiji, mais les références historiques sont éparses et en réalité n’ont pas de vrai impacte sur la narration.
Structuré de façon très solide et efficace en trois parties, la lecture de ce roman magnifique est vraiment captivante, notamment par la façon comme les émotions sont dosées le long de la narration. Sans spoiler, la première partie explore la relation d’amitié entre les deux hommes, et le mystère qui plane sur le passé de Sensei. La deuxième partie accompagne l’étudiant narrateur, lorsqu’il part retrouver chez ses parents à Tokyo par des raisons familiales. La troisième et dernière partie se centre sur Sensei et son passé. C’est à mon sens la partie la plus émouvante et réussie.
Écrit avec la finesse qui caractérisent le style de son auteur, ‘Le cœur des hommes’, décortique les sentiments avec subtilité et retenue, insufflant les pages d’une douce mélancolie et d’un humanisme irrésistible. Triste à la fois que lumineux, ‘Kokoro’ est un petit bijou d’émotion.
Citations :
« Le moi que vous connaissez, ne l’oubliez pas, c’est un moi sali de toutes les poussières de la vie. »
« Quand je dis que je n’ai pas confiance, ce n’est pas à dire que je me méfie spécialement de vous. C’est de l’humanité tout entière que j’ai méfiance. »
« Plutôt que de m’exposer demain à un avenir plus triste, je préfère supporter aujourd’hui une moindre tristesse. Trop de liberté, trop d’indépendance, trop d’égoïsme : telle est notre époque actuelle. Pour expier le péché d’y être nés, c’est une inévitable nécessité sans doute que, tous, nous en partagions la tristesse ! »








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