Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AsieJapon

Le pavillon d’or

Yukio Mishima

(金閣寺, Kinkaku-ji, 1956)
Traduction : Marc Mécréant. Langue d’origine : Japonais
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Après la 2ème guerre mondiale, au Japon, le climat est défaitiste. Un prêtre bouddhiste, transmet à son fils l’amour de l’ancien temple Pavillon d’Or, reconnu par sa beauté légendaire. Au décès du père, le fils va entrer comme novice au Pavillon, avec l’objectif de devenir moine et faire des études universitaires. Mizoguchi est introverti et il bégaie, ce qui complique énormément ses relations sociales, mais il va poursuivre sa voie sur l’ombre toujours imposante du Pavillon à la beauté insaisissable.

Pavillon de mes tourments :

Mishima ne porte pas des jugements sur les actions du personnage central et, c’est à nous lecteurs, de se positionner ou pas, lorsqu’on assiste au parcours du protagoniste. Son monologue intérieur est rempli de projets aussi insensés que paranoïaques, mais essentiels pour lui. Mishima ne cherche pas à qu’on s’identifie avec lui, ni même à qu’on comprenne ses actions. Simplement, il nous expose ce personnage étrange avec ses pensées philosophiques et nous suivons son parcours, sans trop savoir qu’est-ce qu’il veut vraiment ce garçon.

Un des côtés fascinants de ce roman est le pavillon d’or, lui-même, qui devient un personnage à part entière. En effet, Mizoguchi est fasciné par le pavillon et l’idée de beauté absolue qu’il incarne, et il va lui attribuer réactions et émotions humaines. Le pavillon va être fier, calme, stressé, jaloux : par exemple Il va s’interposer à chaque fois que notre protagoniste pourrait profiter d’une joie mondaine. Et, à son tour, notre protagoniste va établir une relation étrangement humaine avec le Pavillon, il va lui parler, et il va, petit à petit, le détester. Il considère sa beauté comme la responsable de tous ses maux, car, un fois qu’on a connu une telle beauté extrême, rien ne peut l’égaler, tout est futile et laid.

Malgré ce ton nettement philosophique et parfois même perché, le manque d’action et l’ambiance déprime générale, le roman n’est pas aussi impénétrable qu’il le parait. On est devant un roman unique certes, mais que se lit avec plaisir et fascination.

Le roman se base sur un fait divers qui a perturbé le Japon après la guerre. Si vous lisez l’introduction probablement vous en découvrirez plus, ce qui va automatiquement spoiler la fin. Ce n’est pas vraiment grave, car le récit n’est pas du tout basé sur l’intrigue, on est plus dans l’introspection psychologique. Mais, quand même, si vous préférez rester ‘vierges’ avant de lire ce livre, évitez l’introduction et juste lisez-le.


Citation :

« Kashiwagi, lui, m’avait le premier enseigné la voie détournée et ténébreuse par où prendre la vie à revers. À première vue, cela paraissait mener droit à la destruction ; en réalité, cela foisonnait d’inattendus stratagèmes, métamorphosait la couardise en courage : c’était une sorte d’alchimie par qui ce que nous appelons vice se retrouvait ce qu’originellement il est : de l’énergie à l’état pur. »

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