Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AsieKirghizstan

Le Premier Maître

Tchinguiz Aïtmatov

(Первый учител, Pervyy uchitelа, 1962)
Traduction : Tch. Aïtmatov, A. Dmitrieva et Nina Branche. Langue d’origine : Kirghiz
⭐⭐⭐

Ce que raconte cette novella :

Malgré être pratiquement analphabète, le jeune Diouïchène prend la responsabilité de fonder une école au village dans un étable abandonné et transmettre aux enfants tout le savoir qu’il peut. Les paysans considèrent inutile cet effort, car selon eux les enfants devraient plutôt arrêter de perdre le temps et se mettre au travail le plus tôt possible. Malgré l’indifférence généralisée, la neige et les inclémences de la météo, les difficultés logistiques, et ses propres limitations, Diouïchène réussit à motiver les enfants, et ils prennent goût à l’école. L’orpheline Altináy, la plus âgée, est fascinée par ce professeur unique que, contre toute attente, devient un instructeur aimé et apprécié des enfants.

Ode à l’éducation :

Avec une belle, touchante et lumineuse écriture, le maître des lettres kirghizes, Tchinguiz Aïtmatov, nous offre un émouvant récit sur le thème de la valeur de l’instruction, et comment certains maîtres qui participent positivement à notre éducation peuvent laisser une empreinte indélébile chez nous. Le paysage des montages kirghizes est omniprésent dans le récit, la nature est toujours décrite avec sensibilité et amour. Les références au communisme sont probablement désuètes et un peu unidimensionnelles, mais l’émotion du récit fait cible, et le courage et détermination de Diouïchène, donnent un souffle humaniste très puissant à cette belle œuvre.

À la façon des nouvelles de Stefan Zweig, la narration se déclenchera dans un flashback. Lors de son retour au village beaucoup d’années après, Altinay adulte, maintenant une professeure d’université connue et respectée, fera face aux souvenirs qui submergent son esprit. Émue, elle va reprendre les règnes du récit, remémorant son enfance et sa fascination presque amoureuse pour cet homme qui s’improvisa professeur, et qui joua un rôle déterminant dans sa vie. Petit à petit, à fur et à mesure que Altináy dévoile les évènements qui ont façonné son enfance, le récit se teint de drame et devient de plus en plus émouvant, mais sans que la narration ne perde rien en sobriété et élégance.

C’est très simple, et très beau.

L’édition française inclut aussi les nouvelles ‘Mon petit peuplier’ et ‘L’œil du chameau’.


Citation :

« Tout ce qui vit a son printemps et son automne »

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