(シュナの旅, Shuna no Tabi, 1983)
Traduction : Léopold Dahan. Langue d’origine : Japonais
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce conte illustré :
Shuna est le fils héritier d’un royaume perdu dans une valle isolée, dont les maigres récoltes arrivent à peine à subvenir aux besoins d’une population au bord de la famine. Shuna rencontre un étranger moribond qui lui montre quelques petites graines dorées provenant d’un pays lointain. Se procurer ces graines dans leur coque originale pourrait être la clé pour faciliter l’agriculture dans la vallée et sauver la population de la détresse alimentaire. Shuna part à l’aube à la recherche de ce royaume oublié et de ses graines dorées, lors d’un périple initiatique plein de dangers et d’émotions.
Les débuts du mythe Miyazaki :
‘Le voyage de Shuna’ est quelque part plus qu’une bande dessinée : il a peu ou pas des dialogues, seulement une narration succincte à la troisième personne, qui se suit d’une façon fondamentalement visuelle. Plus un conte illustré qu’un roman graphique donc, ‘Le voyage de Shuna’ se développe dans presque 150 pages, à raison d’un ou deux grands dessins à l’aquarelle par page, d’une beauté esthétique à couper le souffle, suivant la quête épique de son héros principal. Même si les sujets restent similaires, ‘Le voyage de Shuna’ est bien au-delà en qualité de ses toutes premières œuvres comme ‘Le peuple du désert’ (Sabaku no Tami). La narration s’inspire du conte folklorique tibétain ‘Le Prince qui fut changé en chien’.
Bien avant son succès à la tête du Studio Ghibli, Miyazaki avait développé ce merveilleux conte graphique qui synthétise déjà toutes les inquiétudes de son œuvre et la richesse de son univers. Dans un site dédié à la littérature proprement dite comme celui-ci, ‘Le royaume du Shuna’ reste le seul roman graphique répertorié, par la simple et bonne raison de la qualité littéraire et thématique de l’univers Miyazaki, présents à foison dans cette œuvre de jeunesse du futur génie.
Miyazaki essaya de convertir ‘Le voyage de Shuna’ en film d’animation mais, face aux difficultés, il se pencha sur son travail d’animateur dans des séries animés comme ‘Sherlock Holmes’, mais aussi sur une nouvelle bande dessinée, ‘Nausicaä de la vallée du vent’, que plus tard adaptera lui-même dans un de ses premiers long-métrages. Le succès du film ‘Nausicaä’ (1984) entrainera la fondation du réputé studio Ghibli, avec lequel il créera des chefs d’œuvres inoubliables comme ‘Le château dans le ciel’, ‘Totoro’, ‘La princesse Mononoke’ ou ‘Le voyage de Chihiro’.
Le roman graphique ‘Nausicaä’ recyclera énormément d’éléments stylistiques et thématiques déjà présents dans ‘Le voyage de Shuna’. Mis à part le fabuleux travail esthétique qui est commun aux deux œuvres, Miyazaki réfléchit déjà aux thèmes qui lui sont chers et qui marqueront toute sa production future : les inquiétudes écologiques, centrées sur le rapport entre l’homme, la nature et le progrès, ainsi comme l’innocence, le courage, et la dignité de l’homme face à l’injustice et à la cupidité.
Le héros Shuna, comme feront plus tard Nausicaä et encore Ashitaka (‘La princesse Mononoke’), s’insurge contre l’esclavage et l’oppression, et contemple son entourage sous un prisme de profond respect de la nature et de l’équilibre de notre monde. Ainsi que dans toute l’œuvre suivante du maître japonais, cette noblesse de caractère de l’héros reste à l’échelle humaine, dans un récit fascinant, imprégné d’une créativité singulière.
Mon seul regret est que le maitre n’ait pas pu adapter lui-même au cinéma cette œuvre sublime.
Citation :
« La nuit du deuxième jour, la terre devant eux disparut soudainement. Ils avaient atteint le bout du monde dont parlait le vieillard. »








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