Littérature des 5 continents : AsieJordanie

L’épouse d’Amman

Fadi Zaghmout

(Arous Amman, 2012)
Traduction : Davide Knecht. Langue d’origine : Arabe
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Dans Amman, la capitale de la Jordanie, les vies de quatre jeunes femmes et un homme s’entremêlent : Leila et ses deux amies, Hayat et Rana, font des études à l’université et souhaitent vivre en liberté leurs histoires d’amour, sauf que, un jour, Leila réalise que son succès aux examens est totalement ignoré à la faveur des futures fiançailles réussies. S’approchant de la trentaine, les trois jeunes femmes commencent à sentir vraiment la pression de la société et le poids de la tradition qui les obligerai à trouver le meilleur mari possible. C’est encore pire pour Salma, la sœur ainée de Leila, qui a déjà dépassé la trentaine et qui ne cherche plus de mari, obligée d’assumer cette situation sans alternative. C’est dans ce contexte de pression social insoutenable que Leila rencontre Ali, un homme charmant qui pourrait être potentiellement le mari idéal…

L’honneur est si fragile, si facile à entacher :

Malgré le sujet incroyablement épineux et controversé (l’émancipation des femmes et les droits LGBTQ+), ‘L’épouse d’Amman’ non seulement n’a pas été interdit en Jordanie, sinon qu’en plus il est devenu un petit bestseller. Bien que le livre se centre de façon directe et souvent assez poussive sur la dénonciation, la réalité est que la lecture est fluide, les personnages sont bien ficelés et la narration exhibe un bon sens du mélodrame. C’est quand même prenant et entertaining, à la fois que sombre par la réalité qui dépeint.

Le thème central est sans doute celui de la pression sociale et les complexes conflits d’identité qui s’en découlent. C’est poignant et par moments très dur. Je reste vague pour ne pas spoiler, mais tous les personnages devront porter leur propre combat contre la société et souvent contre eux-mêmes. Ils devront dissimuler leur vérité, et composer avec des secrets qu’ils souhaiteraient hurler aux quatre vents. Femmes qui feront semblant d’être vierges pour garder intacte sa réputation et éviter la mort social, homosexuels refoulés qui mèneront une dangereuse double vie, victimes d’inceste qui n’auront d’autre choix qui souffrir en silence, femmes sans jeunesse, sans travail, sans amies, sans mari, et sans espoir… Tout un ensemble de laissés par compte, torturés par le poids de la tradition, sinistrés par la bienséance commune.

Une des clés du livre est la simplicité de sa structure : intelligemment divisé en courts chapitres narrés à tour de rôle par chacun des cinq personnages principaux, ‘L’épouse d’Amman’ décortique sans effort tout l’éventail des problématiques dérivées d’être femme et/ou homosexuel en Jordanie, et explore les tabous de la sexualité féminine et homosexuelle comme sans doute on n’avait jamais vu auparavant en Jordanie.  Et tout cela écrit pour Fadi Zaghmout, un jeune homme Jordanien spécialiste des questions de genre, et qui travaille inlassablement pour l’égalité entre les sexes dans son pays d’origine.

Le style est direct, les phrases sont courtes et sans aucune fioriture lexicale, pas de soucis, mais malheureusement la narration ne brille pas par sa délicatesse littéraire. Les sujets et les thèmes sont dénonces (et à juste titre sans doute !) au premier degré et sans beaucoup de finesse, c’est assez poussif. Bien que l’écriture de Zaghmout ne relève pas d’un talent littéraire stupéfiant, le roman reste très attachant par la bravoure avec laquelle l’auteur expose la situation et le drame quotidien qui vivent des milliers de personnages, tout en restant à la portée d’un lecteur lambda qui souhaiterai une lecture sans prétentions ni prises de tête.

Très recommandable avec quelques petits mais.


Citations :

« Soudain, ce n’est plus moi la reine de la fête. Et là, je comprends. Il faut un roi pour faire une reine. »

 

« En tant que femme, j’incarne l’honneur de la famille que je me dois de préserver. Mais on me considère aussi comme une enfant à qui on ne peut pas confier une tâche pareille. C’est aux hommes de la famille qu’il appartient de garder les oreilles et les yeux grands ouverts, et de lui dicter la bonne conduite pour éviter tout écart. L’honneur est si fragile, si facile à entacher. Mais, en même temps, il est aussi malléable que l’argile. Les hommes l’invoquent à leur guise pour légitimer leur domination sur les femmes. Ils contrôlent leur code vestimentaire, leur liberté de mouvement, leurs horaires de sorties, jusqu’au choix de leurs amitiés, qu’elles soient féminines ou masculines.  »

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