Littérature des 5 continents : Arabie SaouditeAsie

Loin de cet enfer

Yousuf al-Muhaimeed

(Fikhakh Al Ra’iha, 2003)
Traduction : Emmanuel Varlet.   Langue d’origine : Arabe
⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Gare routière de Riyad. Le vieux Turad n’a plus la fierté du bédouin du désert qu’il était jadis. Il voudrait quitter cette ville où il n’a vécu que des humiliations, pour recommencer à nouveau quelque part, à un endroit où personne ne serait au courant qu’il n’a plus qu’une oreille. En attendant de se décider par une destination, il remémore toute une vie remplie de drames, avec quelques rencontres marquantes comme celle du Soudanais Tawfiq, encore plus estropié que lui. Puis, à la gare, Turad trouve un cahier vert, qui évoque la vie d’un troisième homme aussi mutilé, Nasir, trouvé éborgné dans un panier de fruits lorsqu’il était bébé.

Trois vies dans l’enfer :

Le personnage central de ‘Loin de l’enfer’ est Turad, un vieux bédouin qui a eu le malheur de troquer la liberté de son désert par une vie abrutissante en tant que misérable employé dans la capitale. Mais tandis que Turad évoque les malheurs de sa vie, sa narration est mise en exergue avec celles des deux autres hommes qui sont peut-être encore plus dans la détresse que lui. C’est une des clés de ce court roman, les trois vies s’enchevêtrent ; à côté de l’oreille coupée de Turad qu’il arrive tant bien que mal à cacher, on expose les vies de Tawfiq et Nasir, deux autres mutilés à priori beaucoup plus graves, qui auraient peut-être encore plus de raisons pour se plaindre.

C’est sombre et pessimiste mais ce n’est pas un concours de malheurs, ni un roman édifiant pour nous confirmer qu’il y a toujours quelqu’un plus malheureux que nous. C’est plutôt un constat des contrastes de la société Saoudienne entre la liberté de vie dans le désert et l’esclavage moderne des villes, et aussi et surtout entre classes. ‘Loin de cet enfer’ critique sans ambages les flagrantes inégalités sociales qui dominent le pays, documentant la dure existence menée par les laissés pour compte qui vivotent dans la marge, qu’ils soient vieux, mutilés ou miséreux.

C’est un roman beau mais assez confus et alambiqué à niveau narratif. Je me suis perdu à maintes reprises et je n’ai pas su trouver une vraie émotion, ni une structure qui permette pousser la réflexion sur les sujets avancés. C’est aussi un roman presque totalement masculin : les femmes dans le récit ont une présence anecdotique et n’ont pas ou peu d’impact sur la narration. Bon, mais pas convaincant à mon sens.

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