Littérature des 5 continents : AsieCorée du Sud

Ma mémoire assassine

Kim Young-Ha

(살인자의 기억법, 2013)
Traduction : Lim Yeong-hee et Mélanie Basnel.   Langue d’origine : Coréen
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Kim Byeong-su, ancien tueur en série, est maintenant un homme âgé à la retraite, qui souhaite profiter de ses vieux jours, sauf que, atteint d’Alzheimer, ses souvenirs commencent à s’entremêler. Sa fille lui présente un jeune homme avec lequel elle souhaite se marier, mais le vieux Kim reconnait en lui un autre tueur qui est recherché dans la région. Effrayé par la menace qui pèse sur sa fille, Kim se propose d’agir mais avec la perte progressive de sa mémoire c’est difficile de protéger sa fille contre cet homme qui s’infiltre même chez lui.

Journal d’un assassin qui perd la mémoire :

Je ne suis pas sûr de ce que veut dire le titre original du livre (autre que le mot ‘Assassin’ y est mentionné), mais je doute fort que ‘Ma mémoire assassine’ soit une traduction digne. Peut-être ‘Mémoire d’un Assassin’ aurait peut-être été plus juste ? C’est dommage car derrière ce titre français un peu stupide se cache un roman très simple mais de redoutable efficacité. C’est assez court, presque une novella.

Le parti pris est intéressant et très bien mené. Puisque Kim Byeong-su perd la mémoire à fur et à mesure que le roman avance, la narration fait l’impasse sur tout ce que Kim a oublié, ellipsant ainsi une bonne partie du récit. Les choses sont présentées au lecteur tel que le protagoniste les perçoit, fragmentées, sans logique ni continuité temporaire. Étant le narrateur un ancien tuer en série, le lecteur sera tenté de croire qu’il a repris du service sans s’en rappeler après.

Du coup la narration se fait à la première personne dans un perpétuel brouillard où rien n’est peut-être ce qu’il semble à première vue. De plus, l’ensemble est agrémenté par le compte à rebours dérivé de la perte progressive de la mémoire du protagoniste. C’est déstabilisant et singulier. Malgré que ce parti pris puisse sembler complexe ou perché, le livre se lit avec une facilité enfantine. On est portées par le suspense de son énigme avec un vrai plaisir de lecture, même si la fin peut dérouter le lecteur. Ce n’est peut-être pas de la grande littérature mais c’est quand même très recommandable.


Citations :

« Les mots disparaissent. Mon cerveau me fait de plus en plus penser à un concombre de mer, gluant et percé de petits trous. Tout s’en échappe. Le matin, je parcours le journal de la première à la dernière page, mais une fois que j’ai terminé, j’ai l’impression d’avoir oublié plus de choses que je n’en ai lu. Malgré tout, je lis, même si déchiffrer une phrase est pour moi aussi ardu que d’essayer de monter un meuble dont il manque les principales pièces. »

 

« Vivre avec la maladie d’Alzheimer, c’est comme être un voyageur qui arrive perpétuellement un jour trop tôt à l’aéroport parce qu’il s’est trompé de date. »

 

« Je n’ai aucun souvenir d’avoir été heureux en compagnie de mes semblables. Je me suis toujours replié au plus profond de moi-même, je n’ai jamais éprouvé de véritable et durable contentement qu’à l’intérieur de mon être. Tout comme ceux qui prennent des serpents pour animaux de compagnie ou achètent des hamsters pour les nourrir, il a fallu que je nourrisse le monstre en moi. Les autres n’avaient de sens pour moi que s’ils servaient ce but. »

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