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Mon nom est Rouge

Orhan Pamuk*

(Benim Adim Kirmizi, 1998)
Traduction : Gilles Authier.   Langue d’origine : Turc
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman  :

Istanbul, fin du XVIe siècle. Monsieur Délicat, un artiste enlumineur qui travaillait pour le Sultan Murad III, est trouvé mort assassiné au fond d’un puits. Revenu à Istanbul depuis peu, Le Noir est mandaté par son oncle pour essayer de résoudre ce mystérieux crime, car il avait travaillé jadis dans les ateliers du Sultan. Les autres artistes qui travaillaient dans les miniatures sont très vite suspectés.

Assassinat, Amour, Art :

Pamuk, prix Nobel 2006, nous propose un roman assez érudit à l’appui d’une double intrigue amoureuse et policière. D’abord l’enquête pour découvrir le coupable de l’assassinat de l’enlumineur du Sultan, et puis l’histoire d’amour entre Le Noir et sa bienaimé Shekuré, mariée à un homme qui présumé mort dans la guerre. Ces deux intrigues sont assez intéressantes en soi, mais le thème principal du livre est l’influence des mœurs occidentales sur la culture orientale qui provoquerait une déliquescence des traditions. Ce sujet est incarné dans le nouveau style de peinture à l’italienne qui ferait dériver l’art de la miniature orientale, lui faisant perdre son essence.

Le plus grand atour de ce livre est cette narration polyphonique qui, toujours à la première personne, passera les règnes du récit d’un narrateur à un autre, incluant l’assassin de l’enlumineur, qui bien sûr ne vas jamais se dévoiler. Le poids du récit est tenu par l’enchainement des narrations d’une dizaine de personnages principaux, mais d’autres narrateurs un peu moins orthodoxes s’unissent au récit : Le propre mort, un chien, un arbre dessiné dans une peinture, une pièce de monnaie, une couleur, le démon… Ces chapitres un peu plus abscons et originaux, proposent des petites digressions apparemment dérisoires dans l’ensemble de la narration, mais vont finir pour prendre tout son sens.

Très bien écrit et prenant, notamment sa première partie, ‘Mon nom est rouge’ a quand-même quelques bémols qui peuvent facilement dérouter ou lasser le lecteur pas averti. Basiquement les redondances : Le roman répète une fois et une autre les mêmes questionnements : L’artiste a le droit de signer son œuvre ou plutôt doit-il s’effacer face au plus grand dessein ? Doit-il s’adapter aux nouveaux temps ? L’homme doit être représenté au centre de l’œuvre d’Art à la place de Dieu ? C’est intéressant même si assez répétitif. Puis l’intrigue disons ‘policière’ n’est pas forcément bien ficelée, et traine beaucoup, victime d’un déroulement un peu trop schématique et sans profondeur. Pourquoi les suspects se réduisent si facilement à seulement trois ? Pourquoi un dessin dans la poche d’un mort doit être la preuve absolue que le dessinateur en est le coupable ? Plein de raccourcis et des Deus ex machina qui ne sont pas bien expliqués, et dont Pamuk semble s’en soucier peu.

Sans spoiler, bien que l’enquête se poursuivra jusqu’au derniers chapitres du livre, je doute fort que cela puisse satisfaire ceux qui cherchent un polar à l’occidentale, autant clarifier cela de suite. Comme les peintres orientales du livre, Pamuk ne propose pas un polar haletant avec une enquête pleine de rebondissements façon scandinave, mais plutôt l’utilise en tant qu’excuse narrative pour élaborer et réfléchir sur l’objectif ultime de l’Art, sur le contraste entre l’orient et l’occident, ainsi que sur la place de l’amour dans la société.


Citation :

« Mais je n’ai aucun style ! ai-je protesté. Et je ne dis cela par mépris de la mode actuelle. Ni pour prouver mon innocence, car, pour moi, affecter un style serait encore pire que d’être un assassin. »

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