(Po-on/Dusk, 1984)
Traduction : Amina Saïd. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Po-on, région du nord de l’île de Luchon en Philippines, années 80 du XIXe siècle, vers la fin de la colonisation espagnole. Grace au Père José, Istak (Eustaquio) Samson, fils de paysans ilocano pauvres, a pu suivre une éducation, a appris à lire et à écrire, et se prépare pour être un des premiers jésuites natifs. Mais lorsque le Père José doit être remplacé par un autre curé plus jeune, Istak est renvoyé. On annonce que lui, sa famille et les autres indigènes devront quitter les terres administrées par la colonie. San comprendre cette décision, le père d’Eustaquio, ira voir le nouvel curé, mais la réunion se passe mal. Les conséquences désastreuses de cette journée, vont faire que toute la famille quitte Po-on pour s’installer ailleurs.
La construction de l’identité Philippine :
‘Po-on’ ouvre la saga de Rosales, que F. Sionil José écrivit entre les années 70 et 80. Malgré que chronologiquement soit le premier. ‘Po-on’ fut le tout dernier à être publié, et le plus lent à écrire selon l’écrivain lui-même, probablement parce qu’il devait se plonger dans un période plus ancien, vers la fin du XIXe siècle, lors que les Philippines se rebellait contre l’agonisante colonie espagnole.
Malgré que le roman ne fût publié que en 1984, son succès en Philippines et à l’international (F. Sionil José fut maintes fois nommé au Nobel, sans jamais le décerner) marqua à jamais l’histoire de la littérature philippine devenant le grand classique moderne étudié dans toutes les écoles du pays, bien entendu après ‘Noli me Tangere’ de l’héro national José Rizal, roman fondateur de l’identité Philippine. Malgré cela le roman et son auteur restent très méconnus en France et c’est bien dommage car ce chef d’œuvre est narré avec une vigueur et une puissance phénoménales, totalement maîtrisés par un écrivain au sommet de son talent. Le personnage central d’Istak (Eustaquio), avec son aura messianique et la façon profonde avec laquelle vit sa foi, en rapport à l’hypocrisie des espagnols, composent un personnage inoubliable et nuancé, pétri de contradictions. Rempli de souffrance, de drame et des dilemmes moraux complexes, ce fabuleux roman dégage un humanisme profond.
Ce premier épisode de la saga de Rosales, retrace donc les dernières années de la colonie espagnole et l’arrivée des Américains, au comportement aussi abject que les espagnols. Tiraillé entre ces deux puissances, les Philippines mènent une révolution, tout en essayant d’exister en tant que pays. La déclaration d’indépendance de 1898, proclamé par le Colonel Aguinaldo (cité à plusieurs reprises dans le roman) fut de courte durée, la tout puissance des États-Unis avorta cette rébellion. Les Philippines devraient attendre presque 50 ans pour arriver à atteindre finalement leur indépendance, en 1946. La narration explore le balbutiant sentiment nationaliste et d’appartenance aux Philippines en tant que pays, alors un ensemble d’îles pas vraiment reliées entre elles ni culturelle ni linguistiquement.
Un parti pris très clair structure tout le roman : Le parcours initiatique d’Istak épouse celui des Philippines eux-mêmes. Istak Samson, né paysan, pressenti prêtre jésuite, puis chef de famille, de clan, et d’autres capacités que je ne veux pas spoiler, prendra un certain rôle dans le conflit qui relie les Philippines avec l’Espagne et les États-Unis. Comme son propre pays, Istak devient au fur et à mesure des pages un homme nouveau, changé à jamais par l’histoire, abandonnant partiellement son identité ilocano, pour embrasser totalement l’identité philippine. En quelque sorte, Istak représente la naissance de l’identité Philippine en tant que telle. Citation :
Citation :
« (…) il y a toujours une première fois quand la reconnaissance et la découverte arrivent. Cette connaissance amène la vision intérieure avec laquelle même l’aveugle peut voir, et la réalité n’est plus quelque chose qu’on touche mais qu’on convoite. C’était cela donc, la première fois qu’Istak s’était rendu compte qu’il avait le pouvoir de guérir, et avec cela, l’exaltation d’être devenu non pas le destructeur mais celui qu’il avait toujours espéré être, le donneur de vie. » (Traduction improvisée)








0 Comments