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Littérature Asie Inde Kamala Markandaya Possession

Possession

Kamala Markandaya

(Possession, 1963)
Traduction : Anne-Marie Soulac. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Inde, 1949. La belle, extravagante et richissime Lady Caroline Bell, est habituée à avoir tout ce qu’elle se propose. Lors d’une visite à un village misérable du far fond de l’Inde avec la narratrice de l’histoire, Caroline rencontre Valmiki, un enfant berger pauvre qui peint des beaux muraux sur les cavernes de la région. Caroline va dédommager sa famille et emporter Valmiki avec elle jusqu’au Royaume Uni pour lui offrir une vie mondaine et la possibilité de faire des expositions et chercher la réussite dans le monde de l’art. Mais cette adoption un peu forcée vire de plus en plus à la possession.

Parabole de la relation entre le Royaume Uni et l’Inde :

Sans doute le sujet de ce très beau récit est celui de l’emprise d’un être humain sur un autre être humain, décortiqué jusqu’à l’extrême à travers cette étrange et tordue relation qui se tisse entre Caroline et Valmiki, qui commence comme une étrange adoption, d’emblée teinte par l’achat du garçon (le prix déguisé en forme de dédommagement à la famille). Cette relation évoluera vers des valeurs encore plus marchandes, Caroline souhaitant faire de ce diamant brut de Valmiki, un artiste international côté dont la réussite permettrait son propre rayonnement. Comme avancé dans le propre titre, pour Caroline, Valmiki devient plus une possession qu’un fils adoptif.

À travers cette possession, le discours peut facilement se voir comme une métaphore des relations entre le Royaume-Uni et l’Inde, fraichement indépendant depuis des années de colonisation. Car Valmiki, une fois extrait de la misère dans lequel il vivait, ne pourra pas non plus s’adapter à cette nouvelle vie mondaine entre Paris, Londres et New York, et sera victime de tensions entre ces deux univers irréconciliables.

En plus de ce choc culturel inégal véhiculé par l’emprise de la mondaine anglaise sur le pauvre artiste indien, un deuxième sujet s’immisce dans le récit, celui des croyances. Car pour Valmiki le seul personnage qui lui donne un sens est le Swami, un ascète renonçant hindou, grâce auquel il trouvait l’inspiration spirituelle pour exercer son art mural dans les grottes. Le monde britannique est plutôt montré comme vain et superficiel, tandis que le monde hindou, sans doute plus cruel et impitoyable, apparaît plus spirituel et profond pour le lecteur.

Kamala Markandaya, femme indienne d’origine brahmane très attachée au monde britannique, vécut à Londres où elle se maria. Sa connaissance des deux mondes lui permet de naviguer avec aisance et sensibilité les eaux troubles de ce contraste entre cultures. Dans ce sens son œuvre s’approche jusqu’à un certain point de celle de E.M. Foster, auteur de ‘La route des Indes’, même si le récit de Kamala Markandaya prend un peu plus le point de vue indien, grâce en partie au personnage du narrateur, sans doute une version déguisée d’elle-même.


Citation :

« Quel pair ! pensais moi en l’écoutant (…) chacun tellement différent, l’une parfaitement mise et cultivée, tandis que l’autre était rugueux et brut. » (Traduction improvisée)

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