Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AsieTimor Oriental

Requiem pour Alain Gerbault

Luis Cardoso

(Requiem para o navegador solitário, 2007)
Traduction :   Catherine Dumas.   Langue d’origine : Portugais

Ce que raconte ce roman :

Catarina grandit à Batavia (aujourd’hui Jakarta) dans une famille de commerçants d’origine chinoise, toujours à attendre l’arrivée d’un navigateur qui tombera amoureux d’elle. Un jour, Alberto Sacramento Monteiro, un des associés de son père, arrivé dans son bateau. Le bel homme lui offre un chat et s’éprend d’elle, mais les fiançailles seront interrompues par le départ de Sacramento vers son pays, le Timor-Leste. Le temps passe et sans nouvelles de lui, Catarina décide d’aller le rejoindre à son exploitation près de Dili, la capitale du Timor.

Mais Sacramone n’est nulle part et elle s’installe dans la fazenda de son homme. Le retour fugace de Alberto Sacramento la laisse perplexe et enceinte. Elle doit prendre maintenant le control de l’exploitation. Plusieurs hommes traverseront sa vie, toujours accompagnés par le cadeau d’un chat, mais la seule voix qui la tiendra vraiment compagnie sera celle du livre ‘A la poursuite du soleil’ du navigateur Alain Gerbault.

Épopée autant exotique que chaotique :

Cardoso vécut au Timor jusqu’à ses 16 ans, lorsque la révolution des œillets sonna le glas des dernières traces de la colonisation portugaise, et l’écrivain s’installa à Lisbonne, où il habite depuis. Son œuvre tourne toujours autour de son pays d’origine et le contraste entre la société ancestrale et celle résultat de la colonisation. Tiraillé entre les ambitions de plusieurs pays : notamment le Portugal, le Japon, la Chine et l’Indonésie, l’histoire du Timor est riche en évènements qui ont façonnée ce petit pays, situé à l’extrême orientale de l’Indonésie.

Le roman part d’un fait réel, l’arrivée du navigateur français Alain Gerbault à Timor en 1941, où il mourut suite à des complications produites par un affaiblissement général dû à la malaria. La présence du navigateur à Timor, ainsi que le climat de tensions internationales qui ont précédé le début de la deuxième guerre mondiale font partie des enjeux du roman. Le français apparaitra dans le troisième tiers du roman, mais ses écrits accompagnent notre héroïne depuis son enfance. Ce contexte géo-historique est sans doute le meilleur atout de ce livre et, à mon sens, presque son seul vrai intérêt.

Car l’écriture est bancale. Le style de Cardoso est simple mais incroyablement confus et chaotique. Plein de digressions ralentissent le récit et une forte sensation de chaos s’empare du roman. Aucune structure ne semble donner solidité à la narration et le style est à mon sens pas forcément brillant. Cardoso souligne des brèves phrases de dialogue, qui sont censés être les plus importantes des échanges, le reste de dialogues étant décrit de façon indirecte. Sauf que, entre ces lignes de dialogue éparses qui souvent se répètent deux fois, il y a des longs paragraphes remplis d’explications et digressions, qui malheureusement ni complètent ni expliquent les dialogues qui encadrent, mais plutôt provoquent la perte de repères et l’épuisement du lecteur. Bon cela n’engage que moi, mais à lire les critiques c’est un sentiment partagé avec pas mal de lecteurs.

Le récit à la première personne devrait nous permettre de nous plonger dans la psyché de Catarina et saisir les raisonnements derrière ses prises de décision. Mais rien de cela, le monologue intérieur ne nous donne pas plus des clés de sa façon de penser ni de ses motivations. Presque aucune introspection psychologique ne vient compléter ce récit, qui restera confus et finira par donner une sensation flagrante de roman pas abouti.

Belle plongée dans ce pays méconnu et bon choix pour valider le Timor si vous faites un challenge de lecture autour de tous les pays du monde, mais au-delà de cela, je ne recommanderai pas ce roman.


Citation :

« On ignore jusqu’à quel point nous pouvons provoquer la méchanceté en nous-mêmes quand l’humiliation nous ôte toute lucidité. »

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