(حارس سطح العالم, 2021)
Traduction : Pas connue. Langue d’origine : Arabe
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Quelque part dans le futur dans un pays indéterminé soumis à un régime totalitaire, un homme commence à travailler dans le département de censure littéraire. D’abord attaché à des lectures faciles et inoffensives, un jour se trouve face à une nouvelle traduction du roman ‘Alexis Zorba’ de Níkos Kazantzákis, qui a déjà été censuré à trois reprises. Cette lecture changera sa vie, l’alertant des dérives d’un régime qui condamné toute imagination, censurant tous les livres qui provoquent la moindre réflexion.
En plus de cette situation complexe, sa fille commence à montrer des excès fantaisistes. Elle risque d’être enlevée de la famille, les autorités pouvant la faire tout simplement faire disparaître de la société, pour pouvoir couper le ‘mal’ à la racine.
Dystopie sur les livres et la censure :
Sans traduction française prévue au moment d’écrire ces lignes (2026), ‘The book Censor library’ (‘La bibliothèque du censeur de livres’) peut se lire dans la traduction anglaise de Ranya Abdelrahman and Sawad Hussain. Il s’agit d’une dystopie fataliste qui met en garde le lecteur des dérives de régimes totalitaires. Dans ce roman cela se traduit par l’obsession de combattre toute imagination, en vue à créer une société où tout serait attendu et prévisible. À coup des censures ahurissantes toute lecture est devenue lisse et fade, sans risque ni saveur. Rien ne crée la polémique ni invite à la réflexion, toute histoire où l’imagination jouerait un rôle sera systématiquement éliminée. Les livres qui dépassent la censure sont sans intérêt, ils servent simplement à maintenir distrait le lecteur, dans un abrutissement idéologique et intellectuel.
Dans ce monde dominé par l’aliénation, résultat d’une révolution dont on ne sait pas grande chose, notre protagoniste travaille dans un département qui décide si les livres sont aptes à la lecture ou s’il faut les censurer. A partir de la lecture du roman ‘Alexis Zorba’ de Níkos Kazantzákis, la vie de notre censeur débutant sera chamboulée. Comme dans la plupart des dystopies style ‘1984’, notre protagoniste sera tiraillé entre l’accomplissement de son devoir et la rébellion contre le système.
En plus de ‘Zorba’, d’autres romans apparaissent pour évoquer cette idée de la littérature comme à moyen de stimuler la créativité, développer l’imagination et cultiver la réflexion, trois concepts bannis par le régime. ‘Alice au pays des merveilles’, ‘Pinocchio’, ‘1984’… C’est quand même un peu surprenant que tous les œuvres littéraires citées appartiennent au canon occidental ; il n’y a pas de littérature asiatique ni africaine, et aucun écrivain arabe, même pas Naguib Mahfouz ou Sadegh Hedayat. Étrange, notamment s’agissant d’une autrice Koweïtienne.
Même si le sujet est sans doute très intéressant et d’actualité, quelque part le développement est parfois naïf. Dans notre monde moderne où la lecture est noyée par les écrans et ignorée totalement par une bonne majorité, la censure littéraire ne semblerait pas si importante que cela. On aurait vraiment besoin de censurer des livres que très peu de monde lit ? C’est vrai que parfois on pourrait penser que le danger imaginé par Ray Bradbury dans ‘Farenheit 451’ reste encore bien d’actualité, notamment aux États-Unis, où la censure littéraire revient en force. Dans tous les cas, le sujet de la lecture comme à élément minoritaire face aux ultra puissants écrans n’est pas vraiment abordé dans le livre. On sait qu’internet a été banni dans le roman, mais existe-t ‘il aussi un département de censure audiovisuelle ? Qui sait.
Personnellement j’aurais préféré un peu plus de travail de world building, de développement de l’univers du roman, pour connaitre l’époque et la société dans laquelle évoluent nos personnages et le panorama global du pays et gouvernement. Le roman ne s’attarde absolument pas à décrire le fonctionnement du régime ailleurs que dans la section de censure littéraire où travaille notre protagoniste. Dans ce sens, la vision présentée est plutôt limitée. C’est peut-être voulu, mais quelque part cela peut sembler un peu convenu.
Le roman peine un peu au démarrage, avec quelques longueurs, mais la lecture devient plus agile à fur et à mesure que notre protagoniste commence à être confronté à des vrais dilemmes, se trouvant dans un conflit de loyauté entre son travail, sa famille et les idées qui commencent à germer dans son esprit. L’intrigue alors décolle, les rebondissements commencent à fonctionner et l’action devient très dynamique. La deuxième moitié du roman se lit très facilement.
Très beau roman, les aimants des dystopies apprécieront.
Citation :
« Pourquoi devait prendre tellement au sérieux chaque ligne et permettre aux mots de s’introduire dans les recoins les plus intimes de sa vie, s’incruster dans ses attaques d’angoisse, dans son lit, même chez sa fille ? » (Traduction improvisée)








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