(The Vendor of Sweets, 1967)
Traduction : Pas connue. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Jagan possède un établissement de vente de friandises sucrées dans la ville de Malgudi. Sa seule fierté est son fils, Mali, dont il s’en est occupé avec beaucoup de soin depuis de la mort tragique de la mère. Le jeune Mali revient de ses études aux États-Unis avec une femme et une idée pour un négoce révolutionnaire. Quand Jagan réalise que son fils compte sur son argent pour développer ses projets, ses certitudes vacillent.
Père Goriot en Inde :
‘The vendor of sweets’, à ma connaissance san traduction française, est un roman simple et court mais très efficace, dans le sens qu’il développe très facilement le thème principal, la mésentente entre les générations. Le cinquantenaire Jagan est un homme basique, sans études, tandis que son fils Mali a réussi brillamment ses études. Mais Jagan a tellement d’admiration pour son fils qui n’arrive pas à le comprendre, ni à s’exprimer correctement quand il est avec lui. Il a tellement toujours tout donné et sacrifié pour son fils que du coup, le jeune Mali croit qu’il peut prendre sans en demander la permission, comme si cela allait de soi. L’amour de son père étant acquis, il n’a qu’à s’en servir. Un peu le père Goriot à l’indienne.
Jagan incarne le vieux monde, plus stable et prévisible, avec des valeurs traditionnelles, tandis que son fils Mali représente le nouveau monde, plus changeant et égoïste, plein de possibilités. Le traumatisme laissé par la mort de la mère et le contraste entre les traditions Indiennes et la modernité de l’occident, sont les autres sujets qui appuient le thème principal. D’autres personnages vont se situer par rapport à ce fossé qui sépare les deux générations, et qui illustre à merveille les mésententes de la non-communication.
Narayan, d’origine brahmane, maître de la littérature indienne du 20ème siècle, écrivit principalement en anglais, et eut à son époque un succès colossal autant en Inde qu’internationalement. Son incroyable talent pour le storytelling, la composition de personnages, la description du quotidien, et la création de dilemmes moraux sont des marques de fabrique qui lui ont fait traverser les époques, et ses romans, malgré qu’ils soient tombés dans une certaine désuétude, sont encore très lus et étudiés.
Parfois critiqué par sa pudeur et sa retenue à l’heure d’aborder des sujets de société, comme les conflits de caste, la pauvreté urbaine ou la colonisation, Narayan s’intéresse davantage à des sujets peu conflictuels et plutôt lisses, cherchant plus l’introspection psychologique, l’ambiguïté morale et l’humour que la dénonciation, plaçant ses histoires plutôt dans une ambiance rurale et champêtre, ou dans la ville imaginaire de Malgudi. Son intérêt sied plus dans la vie intime et les relations entre les êtres humains. C’est très humaniste : Les personnages ont des failles, prennent parfois des décisions erronées, souvent ils ne se comprennent pas entre eux, et perpètrent quelques fois des actions douteuses. Mais Narayan ne les juge jamais, peu importe ce qu’ils font ou ce qui leur arrive, aucune leçon morale ne sera tirée de ces situations, les gentilles ne vont pas forcement sortir vainqueurs. La vie tout simplement continue avec son lot des joies et des déceptions, d’hasard et de misère.
La narration est solide et entertaining, les personnages sont bien construits, et cela se lit facilement malgré que le ton soit quelque part désuet et le roman n’approfondisse pas forcement autant qu’on l’aurait souhaité. C’est quand même un très bon livre. Le talent de Narayan pour expliquer l’humain permet de sublimer toutes les aspérités d’une narration parfois trop simple, grâce à la sensibilité avec laquelle l’écrivain indien montre tous les personnages dans ses fautes et dans ses vertus, soulignant de façon réaliste autant ses ombres que ses lumières.
Citation :
« C’était impossible de démêler les sources de ses théories et dire ce qu’il devait à Mahatmaji et combien il avait hérité de son père, qui avait également passé toute sa vie à perfectionner ses théories de vivre sain, en les essayant sur lui-même, ses cocotiers, ses enfants et sa femme. » (Traduction improvisée)








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