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Littérature des 5 continents : AsieChine

Une canne à pêche pour mon grand-père

Gao Xingjian*

(給我老爺買魚竿, 1989)
Traduction : Noël Dutrait. Langue d’origine : Chinois
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce recueil de nouvelles :

Recueil de cinq nouvelles du prix Nobel chinois, écrites entre 1985 et 1989, plus une sixième, plus expérimentale, ‘Instantanées’, rajoutée à partir de 1991 dans les éditions publiées postérieurement. Dans la nouvelle qui donne titre au recueil, ‘Une canne à pêche pour mon grand-père’, le narrateur plonge dans le souvenir de son grand-père décédé, avec lequel il passait des journées heureuses et paisibles à la pêche. Lors d’un élan nostalgique, le narrateur essaie de trouver la maison de son enfance, mais le quartier a énormément changé par une urbanisation démesurée, faisant que le paysage soit totalement méconnaissable.

Nostalgie, tendresse et poésie :

Le recueil inclut les nouvelles ‘Le temple’ (1989), ‘L’accident’ (1985), ‘La crampe’ (1989), ‘Dans un parc’ (1985), ‘Une canne à pêche pour mon grand-père’ (1986) et ‘Instantanés’ (1991). Il n’y a pas forcement une unité stylistique, ni de vrai lien entre les nouvelles. Parfois elles sont très réalistes comme ‘L’accident’, ou très simples comme ‘Le temple’, parfois beaucoup plus métaphoriques comme ‘La crampe’ ou ‘Dans un parc’, et aussi déroutantes et impressionnistes comme ‘Instantanées’.

Probablement la plus aboutie est celle qui donne titre au livre, et justifie à elle seule la lecture du recueil. ‘Une canne à pêche pour mon grand-père’ dévoile le style le plus poétique de l’écrivain, dans un récit nostalgique chargée de tendresse, mais habité aussi par un fort sentiment de tristesse et désillusion. Le narrateur nous mène dans sa quête d’une enfance revoulue, mais le monde merveilleux du passé, de l’insouciance, et de la nature, a été pollué par l’ambition de l’homme moderne jusqu’à le laisser fade et méconnaissable.

Très originale, ‘La crampe’ montre un personnage qui se débat pour éviter de se noyer dans la mer après une crampe en pleine baignade nocturne. La nouvelle s’érige en métaphore de la solitude et a une portée symbolique marquée. Plus créative et complexe, ‘Instantanées’, la nouvelle rajoutée en 1991, est composée des petits moments décousus, presque oniriques, qui se croisent inlassablement, reliés seulement par la montée des eaux de la mer, toujours présente. Cette nouvelle plus impressionniste s’approche de la ligne surréaliste de ‘La montagne de l’âme’, l’œuvre la plus connue de son auteur.

Lecture irrégulière mais intéressante dans l’ensemble, et particulièrement belle par moments.


Citation :

« (…) la rivière était asséchée, pourtant j’avais quand même envie d’acheter une canne à pêche pour mon grand-père, impossible de dire pourquoi, et je n’ai pas envie de savoir pourquoi, de toute façon, c’est un souhait, comme si la canne à pêche était mon grand-père ou que mon grand-père était la canne à pêche. »

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