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Littérature Asie Chine Yan Ge Une famille explosive

Une famille explosive

Yan Ge

(找们家, 2013)
Traduction:  Alexis Brossollet.   Langue d’origine : Chinois
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Xue Shengqiang a repris l’entreprise familiale, dédiée à la fabrication de la pâte des haricots au piment. Malgré être marié et avec enfants, Shengqiang enchaine les maîtresses en vrai accro au sexe, ce qui lui demande une organisation journalière complexe, avec la participation de son chauffeur/assistant. Il installe la plus régulière de ses maîtresses dans l’appartement au-dessus de celui de sa mère, la matriarche du clan, pour se simplifier la vie. Sauf qu’un jour, pendant un de ses ébats, Shengqiang a une attaque, qui va faire débarquer sa mère et le mener à l’hôpital. Et tout cela pendant qu’on doit organiser l’anniversaire pour fêter les quatre-vingts ans de la matriarche de la famille.

Famille dysfonctionnelle dans la Chine contemporaine :

Le roman se déroule pendant de très peu de temps, lors des semaines préparatoires à l’anniversaire de la grand-mère de la famille, maman du protagoniste Shengqiang, et nous offre un aperçu de la vie moderne d’une famille dans la région de Sichuan, dont l’écrivaine est originaire. Même si le roman est plutôt choral, la narration prend comme à centre Shengqiang et ses déboires avec les femmes de sa vie et ses complexes relations avec sa mère et son frère, et son lien avec sa sœur, peut-être le seul personnage un peu sain de tout cet ensemble rocambolesque.

Les digressions proposées par la narratrice nous font voyager chaotiquement présentant des vignettes du passé de la vie de la famille, qui complètent le tableau qui se déroule dans le présent. Dès sa jeunesse, Shengqiang est grosse modo un goujat accro au sexe, regardé avec peut-être trop de bienveillance. Loin du féminisme, déguisé sur le ton de l’humour et le satyre, le roman nous présente un univers réaliste dans lequel le patriarcat gère complètement tous les domaines de la vie quotidienne.

Selon la fille du protagoniste, narratrice du roman, Shengqiang serait un fils à maman rempli de défauts mais quand même attachant. Ses ennuis avec son frère qui l’énerve autre mesure et sa soumission apparente à sa mère, sont des aspects qui auront du mal à se combiner avec la complexe organisation qu’il a échafaudé pour pouvoir voir ses maitresses régulièrement et assouvir ses pulsions sexuelles, toujours avec la complicité de son chauffeur. Dans la voix de la jeune Xingxing, le roman ne semble pas critiquer cette vision assez sexiste de la société, et j’avoue que je n’arrive pas à départager le point de vue de la narratrice de celui de l’autrice elle-même. En tout cas, c’est sûr, cette vision désinvolte du coureur de jupons sympa risque de froisser certains lecteurs.

Dans cette famille si singulière, tout part en vrille facilement, et malgré que les embrouilles ne fassent que se multiplier à l’approche de l’anniversaire de la matriarche du clan, en réalité cette famille n’est pas si dysfonctionnelle que cela. La sœur de Shengqiang apportera une certaine attitude modérée et paisible, même si elle aura aussi son propre lot d’ennuis. C’est sans doute exagéré en vue à en faire un satyre comique, mais la famille est dépeinte avec un certain réalisme qui fonctionne presque d’une façon documentaire.

Sans connaitre rien de chinois, je salue la traduction de Alexis Brossollet, qui fait un effort considérable pour traduire le langage quotidien et moderne dans un français très familier, rempli de tournures et expressions populaires, sans faire ressort de la vulgarité (comme apparemment c’est le cas dans la traduction anglaise). Parfois cela peut faire l’impression qu’on est dans un quartier d’une banlieue française quiconque au lieu d’à Sichuan, mais cela présente un aspect moderne et frais de la société chinoise, ce qui est à la fois un des objectifs et un des atouts du livre.

Malgré ces quelques ‘mais’ évoqués plus haut, notamment le rôle des femmes dans la narration, le récit est fluide et facile à lire, en plus d’offrir une perspective intéressante sur la Chine contemporaine.


Citation :

« Avec une famille pareille, s’il n’y a pas l’incendie d’un côté, c’est l’inondation de l’autre. Comme dirait grand-mère, la famille, ce n’est pas de tout repos. »

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