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Littérature des 5 continents : AsieHong Kong (Chine)

Une fille comme moi (Nouvelle)

Xi Xi

(Xiang wo zheyang de yige nüzi, 1982)
Traduction : Véronique Jacquet-Woillez. Langue d’origine : Chinois
⭐⭐⭐

Ce que raconte cette nouvelle :

Une jeune fille à appris de sa tante un métier bien singulier : Elle maquille les morts dans la morgue. Dans l’ambiance morne de ce travail solitaire et froid elle se sent cependant en accord avec elle-même. La courageuse jeune fille a suivi en tout point les pas de sa tante, une dame courageuse qui l’a élevée depuis la mort de ses parents. Le métier de sa tante, aussi maquilleuse des morts comme elle, a fait fuir tous ses prétendants, et elle se trouve maintenant seule. Sera-t-il pareil pour la jeune fille ? Lors que notre protagoniste rencontre l’amour d’un jeune homme passionné appelé Xia, elle commence à imaginer déjà la déconfiture de son amoureux dès qu’il apprendra son vrai métier.

Amour et morts :

Le ton de la nouvelle est donné dès la première phrase : « Vraiment, ce n’est pas bien pour une fille comme moi d’avoir des histoires d’amour. » En suivant les pas de sa tante dans cette étrange branche professionnelle, notre jeune protagoniste semble accepter son destin et presque renoncer à l’amour. La jeune fille, miroir calqué de sa tante, est une femme brave et indépendante qui semble s’en contenter de sa solitude. Son fiancé semble arriver presque par accident, sans qu’elle ait vu venir cet amour.

Le discours est jusqu’à un certain point assez féministe et permet une réflexion sur les expectatives de genre. L’héroïne de Xi Xi rejette complètement des métiers disons ‘féminins’, comme infirmière ou maîtresse d’école, pour se consacrer à un métier qui va à l’encontre de tout ce qui est attendu pour une femme en Chine. Telle expectatives sont présentées comme quelque chose de presque inéluctable, et cela souligne le côté courageux de la jeune fille qui ne se plie pas à la pression sociale. C’est un parti pris brillant : à aucun moment notre protagoniste ne semble vouloir changer de métier : Un possible changement de ligne de travail est seulement évoqué d’une façon hypothétique sans qu’elle le considère sérieusement.

Mais cette détermination n’empêche pas notre protagoniste de se considérer peu digne d’amour, et de se décrire souvent sous une optique négative. Ce manque d’estime de soi reflète la situation de la femme et le poids historique des années de soumission au patriarcat. Intéressante et touchante nouvelle sur un sujet assez original, qui évoque le rapport entre le rêve et la réalité, entre idéalisation et déception, traité avec beaucoup de subtilité et finesse. La nouvelle est disponible en anglais (‘A girl like me’) sur le site du magasin sino-américain Renditions.

Le récit ‘Une fille comme moi’ est inclus dans un recueil de nouvelles qui porte le même titre, avec plusieurs autres œuvres de l’autrice.


Citation :

« C’est l’amour qui a fait de moi quelqu’un d’absolument sans peur. »

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