(Mano vardas, Maryté, 2011)
Traduction : Marija-Elena Baceviciute. Langue d’origine : Lituanien
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
1945, Prusse-Orientale, après la capitulation de l’Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Eva et Marta sont à la tête de deux familles voisines d’origine allemande qui vivotent dans cette région sous domination russe. Leurs maris morts ou disparus, elles subissent de plein fouet les conséquences de la débâcle de leur pays. Ostracisées par tous, victimes de vengeances affreuses et de déportations massives, elles sombrent dans la misère et le désespoir. La seule solution qu’elles peuvent envisager est d’envoyer leurs enfants clandestinement vers la Lituanie voisine dans le train de nuit, afin qu’ils ramènent de la nourriture.
Petit à petit, Heinz, Renate et les autres enfants-loups qui ont réussi à passer la frontière se rendent compte que la vie en Lituanie est très dure aussi et, surtout, que le retour à la maison est de moins en moins envisageable.
Mon nom est Maryté :
‘À l’ombre des loups’ reprend, comme le titre anglais (In the Shadow of the Wolves), le nom des enfants-loups par lequel furent désignés ces enfants allemands qui s’enfuirent vers la Lituanie après la défaite de l’Allemagne. Mais le titre original, ‘Mano vardas, Maryté’, pourrait plutôt se traduire par ‘Mon nom est Maryté’, ce qui met davantage l’accent sur le conflit identitaire que ces enfants vont vivre dans leur nouvelle vie en Lituanie, contraints d’oublier leur passé et leur famille, et de renier leur identité allemande pour pouvoir survivre.
Parenthèse historique : La Prusse-Orientale occupait en 1945 un vaste territoire entre la Pologne et la Russie actuelles. Habitée majoritairement par des Allemands, sa population se réduit drastiquement, passant de presque deux millions et demi d’habitants à moins de 200 000 en à peine un an, à la fin de la guerre, à la suite d’expulsions, de déportations, de massacres effroyables et aussi de suicides massifs. Staline profita ainsi de la débâcle pour étendre le territoire sous sa domination vers l’ouest ; par la suite, l’URSS et la Pologne se partagèrent la Prusse-Orientale, qui disparut en 1947. Au cours des années 1960 et 1970, l’exode continua jusqu’à la disparition presque totale de la population d’origine allemande.
Peu de littérature traite les souffrances du peuple allemand après la défaite de leur pays. Pendant des années, il était presque tabou de représenter les Allemands de cette époque comme autre chose que des assassins perpétrant des carnages. Or la réalité historique témoigne des vengeances terribles subis aussi par la population allemande, ce que ce roman entreprend de raconter.
Le début du récit est effroyable, très direct, probablement trop. Sans véritable finesse littéraire, ces massacres subis par les Allemands sont présentés de façon décharnée et brutale. Šlepikas ne prend pas le temps de présenter les personnages qui sont tués, se concentrant davantage sur le choc de l’action elle-même. Personnellement, j’ai trouvé que ce début brutal manquait de substance littéraire.
Le roman est sans doute intéressant et prenant, même si sa structure n’est pas forcément très solide. Au début, il semble se concentrer sur les mères des deux familles voisines, notamment celle d’Eva, la mère d’Heinz et Renata. Mais petit à petit, le récit commence à alterner entre les différents enfants des deux familles, leur difficile quotidien et leurs migrations clandestines vers la Lituanie. Avec tous ces changements de point de vue, le roman n’a pas le temps de développer en profondeur ni ses personnages ni ses thèmes.
À mon sens le sujet le plus intéressante du récit est celui de la négation de l’identité, question clé qui est déjà présente, comme évoqué antérieurement, dans le titre originale ‘Mon nom est Maryté’. Ces enfants ne peuvent même plus envisager un retour chez eux, car ils retrouveraient un pays dévasté qui n’existe plus. Coupés de ses origines, obligés à renoncer à leurs identités, le futur de ses enfants-loups s’annonce incertain.
Citations :
« Personne ne pouvait imaginer qu’ils seraient envahis par une telle indifférence ou par cet étrange et asservissant désespoir mêlé d’impuissance, cette résignation quant à leur sort, ce désir de s’endormir, de mourir. »
« Les garçons rejoignent le rang et disparaissent dans le brouillard. Heinz se retourne plusieurs fois, mais il n’y a plus rien à regarder. »








0 Comments