(1883)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Denise Badou, jeune orpheline, débarque à Paris et trouve un travail comme vendeuse dans les grands magasins ‘Au Bonheur des Dames’. Noble et honnête, elle sera le centre d’attention non avoué du patron Octave Mouret, qui fera tout pour la faire succomber dans la tentation.
Le Zola le plus convenable :
‘Au bonheur des dames’ est le onzième volume de la série Les Rougon-Macquart, probablement un des plus optimistes, et, après ‘Le rêve’, sans doute le plus convenable. On est loin des scandales de ‘L’assommoir’, ‘La bête humaine’ ou ‘La Terre’, mais cela reste du grand Zola. ‘Au Bonheur des Dames’ est la deuxième partie du dytique initié avec ‘Pot-bouille’, où on retrouve les débuts de l’ambition d’Octave Mouret (Le nom ‘Au Bonheur des Dames’ y est déjà évoqué). Mais les deux romans peuvent se lire indépendamment.
Le Paris Haussmannien du Second Empire a transformé Paris en une ville ouverte, avec ses grandes avenues, ses grands espaces et maintenant, ses grands magasins. C’est clair que pour Zola représente le triomphe de la modernité. Le magasin « Au Bonheur des Dames » semble inspiré nettement des magasins Au Printemps, encore existants sur Paris. La population bourgeoise de Paris, et en particulier les dames, seront invitées dans cet univers plutôt féminin dans lequel se déroulera l’histoire d’amour entre Dénise et Octave.
Ces grands magasins, Zola va nous les montrer de A à Z. Effectivement, on assistera au développement de cet énorme établissement qui va grignoter les immeubles attenants, on analysera son architecture et ses espaces. Toutes les structures de fonctionnement du magasin seront présentées : La merchandise, la hiérarchie, les rayons, les commandes, les impayés, les licenciements, les inventaires, les livraisons, le stockage, les employés, les commis, les vendeuses, les clientes et tout ce monde qui grouille dans tous les sens, tel une grande fourmilière, nous configurera cette petite ville dans la ville qui sera le magasin « Au Bonheur des Dames ».
Autre cet aspect démesuré de l’établissement et du grand monde qui évolue dedans, le roman se centre aussi sur une histoire d’amour intimiste assez classique, qui nous présente deux personnages opposés, par leur caractère et leur extraction sociale, ce qui permettra encore une fois à Zola de réfléchir au rapport souvent injuste des puissants avec les employés. Selon les mots de Zola dans les ébauches préparatoires : « D’un côté, le côté financier et commercial, la création du monstre, donné par la rivalité des deux magasins et par le triomphe du grand écrasant le petit ; et de l’autre, le côté passion, donné par une intrigue de femme, une petite ouvrière pauvre dont je raconte l’histoire et qui conquiert Octave peu à peu. »
Denise Baudu, orpheline sans moyens, fraichement débarquée des provinces, sera embauchée dans les magasins comme vendeuse. Cette honnête et digne jeune fille sera la fenêtre à travers laquelle le lecteur va connaître petit à petit le magasin, elle sera la confidente des employés et aussi veillera à l’amélioration de leurs vies. À l’opposé du côté calculateur d’Octave, Denise incarne l’intégrité et le côté humaniste du travail.
Octave Mouret est le fils de François Mouret et Marthe Rougon (‘La Conquête de Plassans’). Il était présenté dans ‘Pot-Bouille’ comme un jeune malin, ambitieux et coureur des femmes. Son ascension, sans doute peu orthodoxe, va lui mener à la tête du magasin monstre, au début de ce deuxième volet de ses aventures. Intelligent et vif, il incarne les puissants, ceux qui écrasent le peuple. Il règne dans les grands magasins autant sur les employés que sur les clientes. Mais Octave aura un arc narratif très marqué dans ‘Au Bonheur des Dames’.
C’est le premier Zola que j’ai lu en français (J’avais lu en espagnol ‘Nana’ avec un résultat mitigé à l’époque) et ce fut le coup de foudre, la découverte de celui qui est, sans doute, mon auteur favori. C’est un roman idéal pour entrer dans l’univers souvent glauque et sombre de Zola, sans peur de subir le choc, car ‘Au Bonheur des Dames’ est un de ses livres le plus ‘comme il faut’.
Un magnifique et lumineux roman.
Citation :
« Sous la grâce même de sa galanterie, Mouret laissait ainsi passer la brutalité d’un juif vendant de la femme à la livre : il lui élevait un temple, la faisait encenser par une légion de commis, créait le rite d’un culte nouveau ; il ne pensait qu’à elle, cherchait sans relâche à imaginer des séductions plus grandes ; et, derrière elle, quand il lui avait vidé la poche et détraqué les nerfs, il était plein du secret mépris de l’homme auquel une maîtresse vient de faire la bêtise de se donner. »








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