(Heart of darkness, 1899)
Traduction : Claudine Lesage. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Congo, fin du XIXe siècle. Charles Marlow remémore sa jeunesse et son périple africain, remontant le fleuve Congo à bateau jusqu’à la base de la compagnie pour laquelle il devait travailler, prenant les commandes d’un bateau à vapeur, avec la mission de rapatrier Monsieur Kurtz, le trafiquant d’ivoire le plus important du secteur, qui serait très malade. Sauf que ce bateau est dans un état déplorable suite à un accident et Marlow perdra des semaines dans des complexes réparations. Pendant qu’il attend, horrifié, il remarque les conditions d’esclavage des travailleurs noirs du chantier des chemin de fer. Marlow devient de plus en plus frustré.
Voyage initiatique :
Récit court mais complexe, qui retrace le voyage de Marlow remontant le fleuve à la recherche de Kurtz, mais qui n’est un autre chose qu’un voyage initiatique à l’intérieur de lui-même, de ces démons et ses obsessions. Dans les propres mots de l’auteur, « ‘Au cœur des ténèbres’ est la folle histoire d’un journaliste qui devient chef d’un comptoir commercial dans l’Afrique coloniale, et finit adoré par les natives ». D’autres le résument comme la descente aux enfers d’un homme qui dérive vers la folie. C’est quand même aussi dense que vague.
D’origine polonais, Conrad instille un style très peu orthodoxe à son écriture, s’éloignant des principes et ficelles narratives du roman conventionnel. Ce n’est sans doute pas pour tout le monde et j’avoue que par moments je ne savais pas où j’étais, ni ce que l’écrivain voulait raconter. Dans ce livre unique, Conrad retrace, huit années plus tard, sa propre expérience sur le fleuve Congo à bord d’un bateau à vapeur d’une compagnie commerciale belge. Le résultat de cette narration sur base autobiographique et aussi brillant que déroutant. Un de ces livres iconiques qui demandent une deuxième lecture.
Malgré son apparente critique du colonialisme et de la cruauté de l’homme occidental, la vision de Marlow de l’homme africain et de la colonisation a créé débat, avec notamment le nigérian Chinua Achebe, qui se montra très critique avec le roman de Conrad, considérant qu’il adhère quelque part à la vision de Marlow selon laquelle le colon européen serait le sauveteur du peuple africain et aurait la supériorité morale. D’autres chercheurs séparent la vision de Conrad de celle de son protagoniste. Cela risque de provoquer un débat.
Des multiples adaptations cinématographiques du roman, sans doute la plus connue et peut-être la plus réussie serait celle réalisé par Francis Ford Coppola en 1979. ‘Apocalypse Now’ transfère l’action au Vietnam pendant la guerre, avec la fascinante apparition finale de Kurtz dans la pénombre, interprété par le charismatique Marlon Brando.
Citations :
« La conquête de la terre, qui signifie principalement la prendre à des hommes d’une autre couleur que nous (…) » « Nous vivons comme nous rêvons, seuls… »
« (…) ce pays, ce fleuve, cette jungle, la voûte même de ce ciel de feu ne m’étaient apparus si vides d’espoir et si sombres, si impénétrables à la pensée humaine, si impitoyables à la faiblesse humaine. »








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