(Never let me go, 2005)
Traduction : Anne Rabinovitch. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Kathy, Tommy et Ruth ont été élevés dans un pensionnat au milieu de la campagne anglaise, presque isolés du monde extérieur, dans l’idée que les élèves de cette école étaient des êtres spéciaux, destinées à donner le meilleur à la société. Kathy, qui a dépassé la trentaine, remémore ses souvenirs de cette époque, où ces trois amis, encore insouciants, se promettaient un futur lumineux. Sauf que on commence à comprendre que leur futur en dehors de l’école est couvert par une sombre voile.
Roman d’anticipation avec réflexion sociétale :
Ne lisez rien à propos de ce livre, ni critiques, ni quatrième de couverture ni rien. Je vous conseille vivement d’éviter spoilers (il n’y aura pas ici), pour pouvoir comprendre petit à petit le quotidien de ces étudiants et être témoin de la maîtrise avec laquelle Ishiguro fait rentrer dans l’intrigue les éléments clés qui vont nous révéler la nœud de l’histoire.
C’est un roman d’anticipation, mais où la part belle est faite à l’introspection psychologique et à la réflexion sociétale. Sans dévoiler l’intrigue, tout le long de ce livre vous serez tentés de secouer ses personnages et vous ne comprendrez pas pourquoi ils ne se rebellent pas. Vous aurez envie de jeter ce livre contre le mur. Or, et c’est le postulat d’Ishiguro, les êtres humains sont formatés à accepter toute une série de choses, certaines capitulations font partie de notre bagage émotionnel. La soumission des individus qui acceptent leur destin sombre, c’est justement le sujet auquel Ishiguro veut s’attaquer, pour le comprendre. Au début j’étais outré, je ne comprenais pas, mais un fois embarqué avec la réflexion en toute finesse de son auteur, j’ai été étonné par la justesse de son parti pris.
Donc, encore un roman subtil et délicat du Prix Nobel anglais, qui nous parle de la perte de l’innocence, des mécanismes de la soumission, et de la générosité vis-à-vis de la société, avec ce rythme contemplatif dans lequel l’auteur donne le meilleur de son talent. Personnages mémorables (Notamment la fragile et meurtrie Kathy), une atmosphère pesante remplie d’angoisse, et une réflexion profonde sur les thèmes traités, font de ce roman un petit classique moderne.
Citation :
« C’était comme le quart de seconde qui précède l’instant où on met le pied dans une flaque d’eau, on se rend compte qu’elle est là, mais il est trop tard. Je sentis la blessure avant même qu’elles se taisent et me fixent. »








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