(2019)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce récit autobiographique :
Anne Pauly relate l’impact qui a eu sur elle la mort de son père et les jours qui ont suivi. Cet homme alcoolique, anxieux, plutôt violent et difficile surtout avec la mère, avait fini ses jours handicapé et dans la solitude, après des années passées à pourrir la vie de son entourage. Pendant que Anne gère l’enterrement et les aspects pratiques reliés avec la mort, son esprit semble ne pas encaisser la nouvelle. Lorsqu’elle se trouve seule dans la maison vide de son père, tous les souvenirs font surface et le deuil de la figure paternelle semble commencer. Elle reconstruit petit à petit l’image du géniteur au-delà de ses propres préjugés.
Mort, deuil et reconstruction de l’image du père :
Anne Pauly se lance dans l’écriture après la perte de son lieu de travail et ‘Avant que j’oublie’, son premier roman, sort en 2019, formant part des finalistes du prix Goncourt et Femina. Suivant les pas de Annie Ernaux ou Emmanuel Carrère, parmi tant d’autres, ce récit autobiographique s’inscrit dans cette très répandue tendance de la littérature française, l’exutoire littéraire. Parfois on dirait que les auteurs français contemporains arrivent seulement à s’exprimer en profondeur que quand ils parlent d’eux-mêmes. Dans tous les cas, il faut reconnaître que ce nombrilisme littéraire a quand-même produit des œuvres d’une qualité exceptionnelle, donc cela ne me gênait pas de plonger encore une fois dans une autre autofiction.
C’est une œuvre prenante et touchante, écrite avec un langage figuratif assez originale, caractérisé par des comparaisons souvent décalées, mais qui restent toujours dans un style simple et direct. Un de ces meilleurs atouts est la remarquable introspection psychologique dans la psyché de la narratrice, qui nous plonge avec tout luxe de détails dans ce lien ambivalent de l’autrice avec son père et sa mort. Le récit est solide et ressenti. Dominé par un sens de l’humour marquant et jusqu’à un certain point cynique, le livre se lit avec une facilité déconcertante pour un sujet si complexe et potentiellement plombant comme la mort et le deuil. C’est frais, décalé et par moments amusant, sans pour autant perdre profondeur.
Comme c’est souvent le cas dans l’autofiction, le récit se centre moins dans le personnage décrit que dans la narratrice elle-même ; moins dans la reconstruction de l’image du père que dans les efforts de la narratrice pour comprendre les étapes de son propre deuil. On aurait peut-être aimé un récit plus étoffé et riche avec un peu plus de développement de la figure paternelle, et surtout des restants membres de la famille (la mère partie plus tôt, le frère qui gère son deuil de façon opposé à la narratrice…), personnages qui finalement restent un peu dans un brouillard littéraire. Probablement cela répond à un besoin d’épurer le récit, à un minimalisme voulu, mais le résultat est un livre finalement un peu trop autocentré. C’est quand même très beau et recommandable.
Citation :
« Je me suis rapprochée de mon frère qui, les mains croisées dans le dos, le regardait en silence. Au bout d’un moment, il a dit : Toute sa vie, il nous a fait chier. C’est marrant comme je ressens rien à part de la colère. T’inquiète, j’ai pensé, le reste viendra. Mais je n’ai rien dit et j’ai mis ma main dans la sienne. »








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