(2012)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
États-Unis, années 60. Al Kenner est un adolescent géant de plus de deux mètres dotés d’une intelligence hors norme. Abandonné de ses parents, il vit chez ses grands-parents. Le jours de l’assassinat de Kennedy, sa vie bascule, il tue sa grand-mère pour libérer son grand-père de cette femme odieuse. Puis en voyant que l’effet n’est pas celui souhaité, il décide de tuer son grand-père aussi, cette fois pour lui épargner la souffrance.
Serial killer sur la voie de la rédemption :
Inspiré du personnage réel d’Ed Kemper, un tueur en série de plus de deux mètres, doté d’une intelligence et une lucidité hors du commun, qui lui permettait de faire des réflexions profondes sur la nature du mal et sur ses propres crimes abjects. Comme le personnage du roman, Ed Kemper commence par tuer ses grands-parents. Ne lisez pas plus sur Ed Kemper si vous ne voulez pas être spoilés, car en réalité ce livre est une biographie déguisée et un peu romancée de M. Kemper. Disons que l’histoire nos raconte une version alternative de ce personnage et réfléchit sur ses possibilités d’intégration dans la société.
Dugain montre bien sa connaissance du côté sombre de l’Amérique profonde, et nous mène cette fois dans les grands espaces dans un ambiance plus plein air que d’habitude, la plupart de ses romans étant « d’intérieur ». Les analepses vers le passé sont narrés en première personne par Al lui-même ce qui nous un livre un bon portrait psychologique de cet adolescent torturé et de son passé sans amour, abandonné par le père et maltraité par sa mère. C’est un personnage sans empathie, mais qui est suffisamment lucide pour réaliser la brutalité de son acte (Le roman s’ouvre par une effroyable tuerie), et se trouver torturé par sa nature et ses pulsions.
Au fur et à mesure que le récit avance, l’ambiance est de plus en plus oppressante, la narration non linéaire nous dévoile un peu où est-ce que le roman veut nous mener. On imagine ce qui peut arriver mais on ne sait jamais comment. La structure de la narration est dans ce sens, brillante. Un autre pari gagné pour Dugain est de se trouver avec un anti-héros étrange, peu avenant, mais au même temps, vue la détresse de l’enfance du personnage, sa quête de rédemption et son attachement à rester sage, on ne peut que souhaiter profondément qu’il arrive à s’en sortir.
Magnifique roman sur la nature du mal, la possibilité de réparer un caractère défaillant, et reconstruire quelque chose d’humain chez quelqu’un qui n’a pas des émotions. Récit fascinant et envoutant, glaçant et génial, à la fois par le cadre que par le personnage central.
Citation :
« Je suis comme beaucoup de gens, pas envie de vivre et encore moins de mourir. »








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