(Azucre, 2021)
Traduction : Claude Bleton, Émilie Fernandez. . Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Galice, 1853. Après un rude hiver balayé par les tempêtes, les cultures ont été détruites et les maigres récoltes n’arrivent pas à nourrir la population. Lorsque l’épidémie de choléra se déclare, des centaines de jeunes hommes décident d’émigrer à Cuba où les plantations de sucre ont besoin de main d’œuvre. Après un voyage épouvantable, Orestes et les autres arrivent sur les côtés d’Amérique les yeux pleins de rêves d’un futur meilleur. Mais le contrat signé avec Urbano Feijóo de Sotomayor ne représente que le début de leur cauchemar.
Les esclaves espagnols oubliés de l’histoire :
Bibiana Candia retrace cet évènement sombre de l’histoire de Galice, grâce à un travail de documentation et investigation remarquable. L’histoire de ces centaines d’hommes (on estime à mille-sept-cents leur nombre) qui quittèrent Galice pour aller travailler dans les plantations de sucre de Cuba, et qui finirent pour être vendus comme esclaves, était tombée dans l’oubli. Les lettres de désespoir que certains de ces hommes écrivirent à leurs femmes et leurs proches se perdirent dans la distance et dans le temps. Candia fait la lumière sur cette partie noire mais bien réelle de l’histoire de la Galice, et de ce point de vue le roman mérite largement la lecture.
À partir de la moitié du siècle XIXe, la culture du Sucre (Azucre) à Cuba est en plein essor et sa croissance exponentielle semble imparable. Mais l’abolition de l’esclavage en 1848 fait que les couts de production augmentent spectaculairement et les exploitants des plantations se tournent vers des pays en difficulté pour essayer de trouver de main d’œuvre à bas coût. Traités comme de la chair à canon, encore pire que les esclaves noirs qui viennent d’être libérés, le destin de nos misérables galiciens semble scellé. Ce roman prête voix à ces silencés, et reconstruit la mémoire historique de leur terrible calvaire.
C’est le premier roman de la poétesse Bibiana Candia et sa prose merveilleuse est sans doute un des atouts majeurs du roman. C’est vraiment beau, le contenu est terrible et triste mais le phrasée est superbe et l’haleine poétique du récit arrive à transmettre le coté épique de l’épopée. Malheureusement j’ai trouvé ce récit trop court, les chapitres durent à peine une page ou deux, ce qui cause que les personnages ne soient pas assez développés. Sans doute une décision voulue par l’autrice, Candia traite nos malheureux protagonistes comme un groupe homogène, presque monolithique, sans grandes différences de caractère.
Dans ce parti pris d’annuler l’individualisme, les personnages finissent pour être expliqués par ce qui leur arrive, au lieu de par leur personnalité. J’aurais aimé savoir qui étaient vraiment ces hommes, leur caractère et leurs inquiétudes personnelles. Notamment Orestes, qui semblerait être le protagoniste, mais que le lecteur trouvera sans doute peu défini. Dans tous les cas, ces ‘mais’ sont rattrapés par la beauté du style, ainsi que par l’intérêt documentaire et thématique.
Lecture instructive et très intéressante, même si peut-être un peu trop courte.
Citation :
« Orestes ne comprenait pas bien à quoi servait de prier, puisque prier ne lui avait jamais ôté la faim ni lui avait fait oublier le froid. » (Traduction improvisée)








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