(È stato così, 1947)
Traduction : Georges Piroué. Langue d’origine : Italien
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Une femme tue son mari. Petit à petit, elle commence à se remémorer leur rencontre et leur mariage improbable, presque conclu par défaut. Lui avouait aimer une autre femme qui lui était inaccessible, et elle voulait se marier pour mettre fin à l’angoisse de ne pas savoir où se trouvait son amoureux. Ce mariage si mal assorti dérive peu à peu vers un quotidien de tristesse, s’approchant du dénouement tragique annoncé dès le départ.
Pourquoi j’ai tué mon mari :
De l’aveu même de l’écrivaine, ‘C’est ainsi que cela est arrivé’ est un livre écrit dans la douleur, ou peut-être la conséquence de cette douleur. Ginzburg traversait une période de détresse émotionnelle qui est très présente dans ce récit très épuré. Notre protagoniste raconte à la première personne son vécu et surtout son mariage avec un homme qui ne l’aimait pas. Avec son ton très détaché et presque absent, la psyché de notre narratrice peut prendre le lecteur à contre-pied, même si, personnellement, je trouve que le talent de Ginzburg pour rendre crédible ce personnage si particulier réside précisément dans cet étrange désintéressement.
Comme toute l’œuvre de l’autrice italienne, ce court roman est riche en introspection psychologique. Notre protagoniste regrette presque tous ses actes. Son mari et ses infidélités vont la mettre dans un état de dérive émotionnelle qu’elle n’arrivera pas à comprendre. Notre singulière narratrice est une femme confuse, déprimée, incapable de prendre sa vie en main, prisonnière de sa propre idée de ce qui devrait être son mariage.
‘C’est ainsi que cela s’est passé’ est un roman complexe par la profondeur des sujets qu’il traite mais exceptionnellement simple dans son parti pris littéraire. Dès la première page où notre protagoniste tue son mari (« J’ai tiré dans les yeux »), la narration sera portée par des phrases très courtes, directes, sans aucune fioriture. Ce qui rend d’autant plus surprenante l’étrange ambigüité qui se cache, sans spoiler, dans la toute dernière page du roman. Notre book club a débattu le sens caché de certaines des dernières phrases du livre, sans jamais parvenir à un accord. La fin est connue dès le départ donc, mais une possible conclusion est peut-être suggérée. Ou pas.
Triste mais magnifique roman.
Citation :
« Je t’attends toujours quand tu n’es pas là. Je ne pense à rien d’autre, je suis incapable de penser à quoi ce soit d’autre, je deviens idiote petit à petit. Ça m’ennuie de devenir idiote, mais je n’y peux rien. »








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