(Folk med ångest, 2019)
Traduction : Magdalena Jarvin. Langue d’origine : Suédois
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
La veille du jour de l’an, une visite multiple est organisée par un agent immobilier dans un appartement de centre-ville. Une huitaine de personnages très différents se disputent l’achat, lorsqu’un preneur d’otages débarque dans l’appartement, suite à une tentative de braquage échouée dans une banque proche. Tandis que la prise d’otages se rallonge par le manque de plan et l’improvisation, deux policiers, le jeune Jack et son père Jim, devront essayer de résoudre la situation sans se prendre la tête entre eux.
Comédie satyrique sur les bienfaits de la communauté :
‘Complètement à cran’ est une comédie loufoque hyper facile à lire, pleine de rebondissements et des personnages hauts-en-couleurs, mais qui exhibe aussi un côté soigné et profond sur les sujets qui développe ; notamment le suicide, la solitude et la communauté, le tout sans perdre son esprit satyrique et décidément drôle. C’est souvent hilarant tout en restant sobre et pertinent. En plus de la prise d’otages qui est au centre de la narration, le récit retrace aussi d’autres situations autour de la gendarmerie, d’un pont qui attire des personnes suicidaires, et d’un cabinet psy, tous reliés directe ou indirectement avec ce qui se déroule dans l’appartement.
Les personnages sont très marqués, différents et contrastés entre eux, souvent très drôles. Tandis que le relief comique apporté par le lapin (enfin, c’est un homme déguisé en lapin quand même) se base sur des ficelles narratives assez faciles, l’humour vitriolique et cynique de l’hautaine et classiste Sara est beaucoup moins attendu. Je suis sûr qu’elle sera la favorite de beaucoup des lecteurs, malgré son côté âpre, désagréable et directement affreux.
À travers cet ensemble très disparate, Backman veut nous expliquer que dans ces temps modernes de la non-communication, il peut s’avérer plus simple de parler à un parfait inconnu. Dans ce sens, la communauté comme à endroit bienveillant où tout le monde peut se trouver en sécurité sans être jugé est une des clés du roman. Mais tout est abordé d’un point de vue cynique, car le narrateur omniscient (Sans doute Backman lui-même) n’hésite pas à ridiculiser ses personnages et à les prendre pour cibles de ses commentaires satyriques, notamment les jeunes, souvent réduits au stéréotype de l’enfant qui n’a pas grandi, en permanence accrochés à leurs écrans.
Et c’est celui-là le plus gros hic du roman. Ces stéréotypes, ces clichés qui sont utilisés pour construire les arcs narratifs des personnages, qui font que les déroulements narratifs soient un peu convenus. Et, même si les plot-twists sont bien menés, en réalité ils n’apportent rien de particulièrement substantiel. En particulier vers le milieu du livre il y a un gros reveal (qui est sans doute un peu gâché par les difficultés de la traduction) qui finalement n’apporte rien de particulier à l’histoire.
Oui, ce n’est pas du Tolstoï mais c’est quand même assez bien ficelé et suffisamment entertaining comme pour que la lecture soit très agréable et aisée. J’ai bien rigolé à plusieurs endroits, et il y a aussi des moments émouvants. Cet huis clos dans l’appartement avec ses apartés dans le closet et ses interludes pendant les interrogatoires de la police, me rappelait sans cesse au côté théâtral de la narration que je trouvais assumé et plaisant. Cela donnerait phénoménale au théâtre je dirais. Le livre a été décliné dans une série suédoise produite pour Netflix, qui reste par la plupart fidèle à l’esprit du roman.
Mais… C’est quoi ce titre français ? Je ne sais pas comment on doit traduire ‘Folk med ångest’ en Français, mais c’est sûr que ‘Gente ansiosa’(Espagnol) ou ‘Anxious people’ (Anglais) c’est beaucoup mieux. Le titre original indique que plusieurs personnes sont en situation d’anxiété alors que ‘complétement à cran’ pourrait être une seule, et plutôt en colère, donc un peu hors sujet, car la plupart des personnages ne sont pas du tout mal lunés. Bref, l’improvisation des titres Français absurdes je n’en peux plus. End of rant.
Citation :
« Mais s’il y a quelque chose qu’on a appris de l’actualité et d’internet est que nous ne devons pas nous attendre à sortir vainqueurs d’une discussion seulement parce que la raison se trouve de notre côté. »








0 Comments