(2009)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce ce récit autobiographique :
Emmanuel Carrère passe ses vacances en famille au Sri Lanka en 2004 lorsqu’un puissant tsunami va dévaster toute la région. Il va raconter la douleur d’une famille de français dont la fille, Juliette, est décédée dans la catastrophe, et la collaboration entre les deux familles le lendemain de la tragédie. À son retour à Paris, un autre drame l’attend, sa belle-sœur, aussi appelé Juliette, est dans un stade avancé de sa maladie cancéreuse. Carrère va décrire la souffrance, l’agonie et la mort de sa belle-sœur, et aussi il parlera avec toutes les personnes qui entouraient Juliette, dont le juge Étienne, un collègue professionnel qui travaillait avec elle au tribunal d’instance de Vienne sur des affaires de gros endettements.
Récit autobiographique à la vocation humaniste :
Retraçant les parcours de ces deux Juliettes et leurs entourages, Carrère nous offre un émouvant récit autobiographique, dans lequel l’écrivain-narrateur reste simple observateur. Avec beaucoup de sensibilité et finesse Carrère nous parle de maladies, de mort et de deuil, sans jamais frôler le pathos ni la larme facile. Un parti pris assez factuel, en la ligne de ‘L’adversaire’, à mi-chemin entre la non-fiction et la littérature.
Le livre a plusieurs parties assez différenciées qui s’enchainent de façon spontanée, dans une structure pas trop définie. Carrère prend cependant le temps de bien trouver les clôtures à chaque sujet avant d’aborder le suivant. Ainsi, on passe du Tsunami au tribunal de comptes de Vienne, avec par seul lien d’union le coté humaniste de la résilience face au drame.
On appréciera beaucoup ce personnage d’Étienne, collègue juge de la deuxième Juliette, avec lequel on va entrer dans ce tribunal de Vienne et connaître des cas d’endettement incroyables, étranges et fascinants, que Carrère convertira en sujets du grand intérêt, grâce à ce lien humaniste qui teint tout le roman.
Carrère, même s’il est le protagoniste et narrateur de ce livre, restera très effacé et discret lorsqu’autour de lui, la tragédie est omniprésente. Magnifique livre sur la dignité et la résilience dans la douleur, rempli d’un touchant souffle humain, en toute subtilité.
Citation :
« Chaque jour depuis six mois, volontairement, j’ai passé quelques heures devant l’ordinateur à écrire sur ce qui me fait le plus peur au monde : la mort d’un enfant pour ses parents, celle d’une jeune femme pour ses enfants et son mari. La vie m’a fait témoin de ces deux malheurs, coup sur coup, et chargé, c’est du moins ainsi que je l’ai compris, d’en rendre compte. »








0 Comments