(Enduring Love, 1997)
Traduction : Suzanne V. Mayoux. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Un homme et son enfant se trouvent en danger de mort dans une montgolfière en détresse. Un groupe de personnes qui se trouvaient par hasard dans un parc vont se rouer pour aider la famille et retenir l’aérostat au sol, mais le sauvetage se complique et l’issue est désastreuse.
Pendant la tentative de sauvetage Joe Rose a croisé le regard de Jed Parry. Ces deux inconnus vont devenir étrangement liés par l’évènement. Petit à petit Joe remarque que la présence et l’attitude de Jed deviennent obsessionnelles et cela commence à lui compliquer l’existence à tous les niveaux.
Syndrome de Clérambault :
‘Délire d’amour’ retrace un cas réel sur lequel McEwan s’est largement documenté. Le syndrome de Clérambault est une pathologie manifestée par une obsession amoureuse poussé par un élan religieux malsain. Dans son délire d’être profondément aimé, Jed va interpréter tout ce que Joe fait et dit avec le filtre de cette érotomanie, et restera convaincu que les deux hommes vivent une histoire d’amour mystique. La vie jusqu’à alors rangée de Joe, va être complètement bouleversé par la présence de cet étrange homme envahissant.
Le roman commence d’une façon fascinante : La séquence de l’accident de montgolfière, qui prend une bonne partie du début du livre, est décortiquée jusqu’à ses ultimes conséquences. Les actions de ce groupe d’inconnus qui se retrouvent par le plus grand des hasards, au même endroit, au même moment et avec le même objectif, seront ressassées de tous les points de vue. Notamment la fraction de seconde avec le croisement de regards entre Joe et Jed, qui va être analysée en tous ses infimes détails. Tout cela est superbement écrit.
La suite du roman va être cet affrontement entre ses deux hommes complètement opposés. L’un voulant s’en débarrasser de l’autre, l’autre pensant à l’un comme l’homme de sa vie. Joe, un homme solide, carré, sobre et confortablement installé dans une douce routine, se voit mélangé sans le vouloir dans l’univers de Jed, un être spirituel et chaotique qui vit dans un univers marginal, très éloigné du sien. Le choc de ces deux caractères vire donc vers un étrange harcèlement, dans lequel McEwan navigue avec beaucoup de sensibilité et classe.
Malgré ce contraste saisissant entre les deux hommes protagonistes, ces débuts prometteurs, et un bon travail sur la psychologie des personnages, le roman petit à petit perd souffle et plus on s’approche du dénouement plus il devient conventionnel. C’est très dommage pour un roman qui avait débuté d’une façon assez unique.
Bon, mais on s’attend plus de l’auteur de ‘Expiation’.
Citation :
« On voit ce qu’on croit. C’est la raison des divorces, des différends frontaliers et des guerres, et c’est aussi pourquoi telle statue de la Vierge pleure des larmes de sang et telle autre, de Ganesh boit du lait. Voilà pourquoi la métaphysique et la science sont des entreprises si courageuses, des inventions si saisissantes, plus cruciales que la roue, que l’agriculture, des créations de l’homme qui vont à l’encontre de la fibre même de la nature humaine. La vérité désintéressée. Mais elle ne peut nous sauver, les ornières sont trop profondes. Il ne peut y avoir de salut individuel dans l’objectivité. »








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