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Littérature Europe Écosse Muriel Spark Demoiselles aux moyens modestes

Demoiselles aux moyens modestes

Muriel Spark

(The Girls of Slender Means, 1963)
Traduction : Léo Dilé. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Londres en 1945, la deuxième guerre vient de finir. Le club May de Teck est une institution financée par le Royaume-Uni pour accueillir des demoiselles, souvint issues de la bourgeoisie anglaise, qui n’ont pas les moyens de subvenir à ses besoins. Avec leurs carnets de rationnement et le peu d’argent qu’elles arrivent à rassembler, ces jeunes filles essaient de vivre le mieux que possible et de s’amuser quand même, en faisant des équilibres avec ses maigres ressources. Leur quotidien se déroulera ainsi dans une certaine insouciance malgré ce climat morose de l’après-guerre. Jane travaille dans une maison d’édition en racontant des ragots dans un magazine, Anne garde comme un trésor sa robe Schiaparelli, tandis que la belle Selina attire le regard de tous les jeunes hommes qui fréquentent le club.

Récit désuet sur la condition féminine dans le Londres d’après-guerre :

Le monde d’insouciance tel qu’on l’a connu avant vient d’éclater en mille morceaux, et la superficialité que les jeunes filles de cette bourgeoisie londonienne avaient pu se permettre ne reviendra plus jamais. Elles devront apprendre les règles de ce nouveau monde. Cela promettait un roman d’apprentissage intéressant, ou au moins un bon récit de grandissement de soi face à l’adversité, mais le livre est seulement en partie réussi, confondant trop souvent jeunesse avec frivolité. Paru en 1963, il est probablement victime de son époque.

Son principal atout est ce ton cynique et mordant de la narration qui donne une tonalité critique à cet univers mondain un peu loufoque. L’autrice avait clairement l’idée de faire un récit féministe, mais le sujet n’est malheureusement pas assez développé. C’est trop léger. Ces filles ne pensent aux hommes que pour l’argent et la position sociale qui peuvent les procurer, et les potins, les habilles, et leur beauté restent leurs préoccupations principales au quotidien. Pas trop révolutionnaire cela du point de vue de la condition féminine.

‘Demoiselles aux moyens modestes’ est un récit très british qui n’a pas trop bien traversé les époques. Cela reste attachant jusqu’à un certain point, témoin d’une époque et d’une façon de comprendre le féminisme, mais l’approche du sujet n’est pas séduisante, et la belle écriture et le cynisme de l’œuvre ne suffisent pas à en faire quelque chose d’intéressant. La modernité qui aurait caractérisé le récit à l’époque ne sera plus du tout au rendez-vous pour le lecteur actuel. Bien au contraire, d’œuvres bien antérieurs du style similaire, comme par exemple certains romans de Somerset Maugham ou de Stefan Zweig centrés sur la condition féminine, restent beaucoup plus actuels.

Sympa mais sans plus. Belle fin quand même.


Citation :

« Il y a longtemps, en 1945, toutes les gens bien d’Angleterre étaient pauvres, à quelques exceptions près. (…) Toutes les gens bien étaient pauvres ; du moins celle était l’idée généralement acceptée, les meilleurs des riches étant pauvres en esprit. » (Traduction improvisée)

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