(1997)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce récit biographique :
En 1988, dans une rubrique d’un journal dédiée aux nouvelles du passé, l’écrivain Patrick Modiano trouve une ancienne annonce datant d’un journal de 1941 : Les parents de la petite Dora Bruder dénoncent sa disparition et cherchent de l’aide pour la retrouver. Modiano entame une enquête avec le but de retracer l’histoire de cette fille juive de 15 ans, qui s’est enfuit peu avant Noël, dans le Paris de l’occupation. Il ne trouvera que quelques bribes du passage de la jeune fille dans la ville, mais les souvenirs de son propre passé familier feront surface et se mélangeront avec les souvenirs de milliers de juifs déportés dans les champs de concentration allemands.
Insaisissable mémoire :
Disparue décembre 1941, la vraie histoire de la petite Dora Bruder se perd dans la mémoire des rues labyrinthiques de Paris. Mélangeant ses sujets favoris : La mémoire historique, la quête de l’identité, l’espoir de retrouver ceux qui sont absents, l’occupation et la géographie de Paris, Modiano renonce à la forme romanesque, pour nous offrir un récit biographique assez factuel, sobre et pudique, centré sur ce sujet poignant. L’enquête ne donne pas beaucoup de résultats, malgré qu’on soit balancé à travers les rues de Paris dans tous les sens, suivant les pas de Dora Bruder. Il n’y a pas vraiment d’action et pour la plupart, l’enquête finit en cul-de-sac, sans retrouver aucune information essentielle. La démarche soulève plus de questions que des réponses.
Pour la plupart du livre, le coté journalistique est mis en avant au-dessus des considérations littéraires. Quelques documents officiels de l’époque permettront de retracer certaines parties de son histoire, mais la plupart des éléments qui constituent la vie de la jeune fille resteront sous l’ombre du mystère. L’enquête permettra quand-même à Modiano de tracer des parallélismes entre le parcours de Dora Bruder et celui de son propre père, un homme juif très énigmatique, dont il a été toujours très éloigné.
De ce livre se dégage l’amertume face à l’impossibilité de reconstruire la mémoire individuelle, et la frustration de ne pas pouvoir fournir une voix à ceux qui sont disparus. Mais aussi il souligne le devoir et l’espoir de contribuer à la mémoire collective de la population. Patrick Modiano gagna le Prix Nobel de littérature en 2014.
Le rôle de Serge Klarsfeld :
Malgré qu’il ne soit jamais vraiment remercié dans le livre, cet ouvrage doit beaucoup au travail de l’avocat Serge Klarsfeld, défenseur inlassable de la cause des déportés juifs en France, de la responsabilité des États dans la Shoah, et des droits des survivants et de leurs descendants. Klarsfeld, selon la correspondance du propre Modiano, aurait participé activement à l’enquête et lui aurait fourni toute la documentation nécessaire sur Dora Bruder, et cela à multiples reprises, au début des années 90. Selon les propres mots de Modiano « J’ai été bouleversé par votre lettre et la photo de Dora Bruder et de ses parents (…) Vous étiez le seul à pouvoir les sortir du néant ». Puis : « Tout ce que vous avez reconstitué sur ce qui s’est passé pour Dora Bruder et ses parents m’a de nouveau bouleversé ».
Klarsfeld, déçu de ne pas être mentionné dans le livre, écrira à Modiano : « …l’enquête, telle que vous la narrez, tient plus du roman que de la réalité, puisque vous m’effacez et pourtant Dieu sait que j’ai œuvré pour découvrir et rassembler des informations sur Dora et vous les communiquer. Je ne sais si cette disparition (…) est significative d’une trop grande présence de ma part dans cette recherche ou si c’est un procédé littéraire permettant à l’auteur d’être le seul démiurge. (…) Peut-être êtes-vous amoureux de Dora ou de son ombre et, comme nous l’avons cherchée ensemble, vous tenez à la garder pour vous-même, tout en la faisant aimer par un large public ».
Citation :
« On recherche une jeune fille, Dora Bruder, 15 ans, 1 m. 55, visage ovale, yeux gris marron, manteau sport gris, pull-over bordeaux, jupe et chapeau bleu marine, chaussures sport marron. Adresser toutes indications à M. et Mme Bruder, 41, boulevard Ornano, Paris. »








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