(Frankenstein or the modern Prometheus, 1818)
Traduction : Alain Morvan. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Obsédé par la création de la vie, le docteur Victor Frankenstein a confectionné une étrange créature à partir des morceaux de cadavres et de chair. Frankenstein insuffle la vie à cet étrange être, pour l’abandonner peu après, horrifié par son côté monstrueux. Chassée par la société, négligé par son créateur, la créature est un être intelligent qui se pose des questions profondes sur la solitude de son existence.
Le sommeil de la raison engendre des monstres :
Ce grand classique du roman d’épouvante, écrit par Mary Shelley, alors Mary Wollstonecraft Godwin, à seulement 19 ans, a peut-être mieux résisté le passage du temps que d’autres œuvres pionnières du gothique fantastique comme le ‘Dracula’ de Stoker. Peut-être par cet étrange antihéros hideux qui, malgré la répulsion qu’il provoque, essaie quand même d’établir un lien vers les autres, allant jusqu’à l’apprentissage de la lecture et l’écriture.
En rapport à cette créature, un public pas averti l’a souvent appelé incorrectement Frankenstein, du nom de son créateur. En tout cas, et malgré ses failles, le vrai monstre est clairement ailleurs, et c’est cela le sujet du livre.
Mis à part cet être torturé et solitaire, rejeté par tous ceux qu’il essaie d’approcher, l’atout le plus intéressant du roman est l’originalité et solidité de son structure, composé par trois récits principaux enchâssés le long de plusieurs lettres : Robert Walton, explorateur polaire, explique à sa sœur son expédition au Pôle Nord et sa rencontre avec le docteur Frankenstein sur la banquise. À l’intérieur de ce récit, Walton fera écho de l’histoire racontée par Frankenstein. Puis, l’histoire de la créature est mise en abyme dans le récit de Frankenstein lui-même. Les 3 récits s’emboîtent les uns dans les autres, se complémentant, jusqu’à revenir au narrateur original, Walton, seul connaisseur de tous les tenants de l’histoire.
Bien qu’il ait été souvent qualifié de gothique, la volonté de ‘Frankenstein’ est justement de rester dans l’horreur d’un point de vue réaliste, malgré le coté extraordinaire de la créature elle-même. Le roman ne s’intéresse pas vraiment aux éléments fantastiques et préfère plutôt réfléchir aux thèmes proposés : La philosophie de la création, le sujet de l’abandon, la haine de la différence, et les conséquences du rejet social. Malgré son côté répugnant, la créature expose ses pensées dans des longues tirades philosophiques, qui évoquent le grand drame de sa solitude face à sa propre création.
La genèse du roman se trouve dans un défi d’écriture d’épouvante lancé par Lord Byron à ses amis écrivains et poètes romantiques, lors d’un séjour au bord d’un lac en Suisse, en 1816. Mary Wollstonecraft Godwin, son futur mari Percy Bysshe Shelley et le propre Byron écriront chacun une histoire, mais c’est ‘Frankenstein’, le récit de Mary Shelley, celui qui passera à la postérité. Cette fameuse réunion fut immortalisée au cinéma par le réalisateur espagnol Gonzalo Suárez, dans le film ‘Remando al viento’, sorti en 1988 avec, dans un de ces premiers rôles, Hugh Grant interprétant le poète Byron.
Citation :
« Tout ce nouveau savoir m’inspirait des sentiments bizarres. L’humain pouvait-il être si puissant, si magnifique, et à la fois si mauvais, si vil ? Se montrer grand, noble, sensible, mais également plein d’abjection et de bassesse ? »








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