(Gottland, 2006)
Traduction : Margot Carlier. Langue d’origine : ¨Polonais
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce recueil de récits de non fiction :
Le journaliste Mariusz Szczygieł compile un ensemble de récits, écrits, anecdotes et réflexions sur le quotidien de la République Tchèque, certains de ses personnages marquants et son histoire dès la fin de la deuxième guerre jusqu’à la fin du XXe siècle.
Documentaire décalé sur la République Tchèque :
La première chose qui fascine dans ce livre plus ou moins documentaire, plus ou moins romancé, est la capacité de Mariusz Szczygiel pour combiner un côté journalistique sérieux assumé avec un humour décalé par moments assez délirant. C’est évident que l’écrivain polonais s’est énormément documenté sur un sujet qui déjà à la base connait bien, la République Tchèque. Il décrit lui-même ses efforts pour trouver les témoignages clé qui pourraient l’aider à déceler les mystères historiques et la réalité derrière l’anecdote. Il n’invente sans doute presque rien. Et pourtant, malgré toute cette évidente rigueur, un humour cynique transpire de toutes ses pages. C’est très intelligent et bien écrit.
L’ensemble est, certes, un peu décousu, je n’ai pas su voir une ligne narrative qui sublimerait le récit au-delà de la compilation d’anecdotes historiques croustillantes. Même si c’est sans doute inégal, la réalité est que certains récits sont fascinants. Il y a l’histoire du roi des chaussures Bata et l’exportation de son empire aux US et puis au Brésil, mais aussi l’histoire de celle qui fut maîtresse de Goebbels : l’actrice Lida Baarova, ingénue et parfois paumée, mais personnage touchant et magnétique tout de même. D’autres récits racontent les déboires avec l’état d’un groupe de rock alternatif, une enquête sur la lecture de Kafka chez le pragois moyen qui peine à trouver des réponses concrètes, et aussi les retournements de veste des artistes selon l’évolution et les changements de régime. Bref, la République Tchèque dans la tourmente du siècle.
Mon favori est sans doute cet épisode historique relié à la construction d’une gigantesque statue de Stalin sur les hauteurs de Prague. Une histoire absolument délirante qui est cependant absolument vraie. Szczygiel détaille tout le processus d’élection du projet et de l’artisan sculpteur, puis l’exécution remplie de complications, changements, retards et accidents, et enfin la présentation du monument et le déluge des critiques qui s’en suivirent. Tout pour que peu d’années après, avec la chute de Stalin, personne ne veuille pas de la figure colossale du dictateur au-dessus de leur ville. La démolition d’une statue si énorme fait sans doute partie de la part comique de cette étrange aventure.
Un beau recueil sur la traverse de la deuxième partie du XXe siècle dans ce pays unique et complexe, avec un regard extérieur et décalé mais profondément aimant et connaisseur.
Citation :
« L’homme qui doit liquider Staline – l’ingénieur Vladimir Krizek – reçoit de la part des autorités la recommandation la plus curieuse qu’il ait jamais entendue : “Il faut détruire le monument avec la plus grande dignité.”
Il est interdit de bourrer d’explosifs la tête de Staline.
Personne n’a le droit de tirer sur la tête.
Aucun coup de feu ne doit être entendu.
Il est formellement interdit d’en parler, de photographier ou de filmer la destruction. Si quelqu’un le fait, il sera immédiatement arrêté.
L’entreprise de l’ingénieur Krizek est tétanisée par la peur. »








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