(Hamnet, 2020)
Traduction : Sarah Tardy. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Stratford-upon-Avon, Royaume Uni, 1596. Le jeune enfant Hamnet est en panique, car sa sœur jumelle Judith est tombée gravement malade, présentant de symptômes inquiétants de la peste bubonique. Il ne trouve ni sa mère ni quelqu’un d’autre de la famille, et la maison est vide. Il essaie sans succès de trouver un médecin.
Une vingtaine d’années auparavant, Agnès, future mère d’Hamnet, tombe amoureuse d’un homme, professeur de latin, d’extraction social plus basse mais honnête et travailleur.
Le fils disparu de William Shakespeare :
Le récit raconte la courte vie de Hamnet, fils de William Shakespeare, décédé à onze ans par des causes inconnues. On ne connait pas grand-chose des circonstances de la vie de cette enfant, ni si cette mort prématurée aurait influencé en quelque sorte l’ouvre du dramaturge anglais. Certaines théories relient la figure de Hamnet à la tragédie ‘Hamlet’, ou bien à certains éléments narratifs de sa pièce ‘La nuit des rois’. Le roman de Maggie O’Farrell propose une version romancée de ces faits dramatiques, plongeant le lecteur dans cette époque et cette ambiance avec une habilité remarquable.
Le roman se structure autour de deux temporalités différentes, qui suivent d’un côté la maladie de la sœur jumelle d’Hamnet, la détresse du jeune enfant pour faire face à la situation et le drame qui s’en suit ; et d’un autre coté on revient dans le passé à l’époque où Agnès et William se rencontrent dans la campagne anglaise, bien avant qu’il ne devienne auteur de théâtre, et lorsque la jeune Agnès était une femme moitié sauvage moitié sorcière. Cette double temporalité permet de faire un lien entre la complicité du couple à ses débuts et les complications de la relation à distance qui entretiennent vingt années plus tard, lors que la peste bubonique touche la maison.
Le nom Shakespeare n’est jamais mentionné, en fait, le barde n’apparaît que très épisodiquement dans le roman, qui se centre sur la mésaventure de Hamnet, et surtout sur la vie de la femme de Shakespeare, Anne Hathaway, ici appelé Agnès, comme il semblerait que son père l’appelait. Les deux temporalités établissent un contraste entre l’Agnès amoureuse des débuts avec l’Agnès seule, sans son mari qui travaille à Londres. La jeune femme essaie de s’en sortir avec ses trois enfants et sa belle-famille dans leur maison à Stratford-upon-Avon.
Écrit avec un phrasée poétique et un style riche et recherché, le roman est très descriptif et verbeux. Côté intrigue, le roman se déroule très lentement au débout, avec un rythme un peu morose et quelques longueurs qui peuvent décourager certains lecteurs. Mais bientôt les enjeux vont monter dans les deux temporalités, et une fois passé le premier tier, on va très facilement s’accrocher à la narration.
C’est superbement bien écrit, mais attention âmes sensibles, le roman est assez triste et dramatique.
Citation :
« Elle grandit avec un sentiment de malaise, celui de ne pas être à sa place, d’être trop sombre, trop grande, trop indisciplinée, trop assurée, trop silencieuse, trop étrange. Elle grandit en se rendant compte qu’elle est tout juste tolérée, jugée inutile, agaçante, qu’elle ne mérite pas d’être aimée et devra changer en profondeur, se broyer elle-même si elle veut espérer se marier. Mais elle grandit aussi avec le souvenir de ce que cela fait d’être véritablement aimée, aimée pour ce que l’on est et non ce que l’on devrait être. »








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