(Homage to Catalonia, 1937)
Traduction : Yvonne Davet. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce récit autobiographique :
1936, George Orwell arrive à Barcelone en tant que journaliste britannique pour couvrir le conflit que déchire l’Espagne. Mais le dramatisme de la situation le fait prendre parti et s’engager dans les milices communistes qui mènent la guerre contre le fascisme. Envoyé dans le front aragonais, le jeune Orwell passera les durs mois d’hiver dans les tranchées jusqu’à qu’une blessure changera le cours de sa destinée.
La défaite des illusions :
Écrit à la première personne pendant la guerre civile espagnole (1936-1939), le livre a une importance capitale en tant que témoignage de première ligne, qui met en lumière certains aspects peu connus du conflit. Orwell lui-même évoque dans le roman que l’information est tellement manipulée, déformée et cachée par tous les côtés que ce sera impossible de trouver une version unique à la fin de la guerre. Le coté documentaire du livre est sans doute l’objectif principale de la narration, au-delà d’autres considérations littéraires.
Dans la première partie de ce récit autobiographique, Orwell s’attache à décrire le quotidien épouvantable des tranchées, dans une série de chapitres d’un réalisme cru, dans la lignée de ‘À l’ouest, rien de nouveau’ (1929) de Erich Maria Remarque. Même si, finalement, la guerre elle-même sera peu présente dans cette région, les conditions de vie de ces soldats de fortune ne seront pas moins terribles.
Mis à part cette première partie qui se déroule sur le front aragonais, la plupart du livre est dédié au conflits internes qui secouent le côté républicain. Orwell prend beaucoup de temps à expliquer les différences de point de vue entre la vision communiste et la vision anarchiste de conflit, dont les objectifs semblent opposés, malgré qu’ils soient menés à se battre ensemble contre Franco. L’auteur décrit avec amertume les tensions qui vont finir pour diviser ces factions et déchirer totalement le côté républicain, entrainant en quelque sorte la défaite de la révolution et la future victoire fasciste.
Une bonne partie de chapitres du livre décrivent en détail toute l’organisation des milices communistes du POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste) où Orwell s’engagea, la structuration politique des autres factions communistes plus proches du Stalinisme, et aussi des anarchistes, et l’évolution de tous ses groupes pendant le conflit. Orwell lui-même prévient au débout de ces chapitres que si le lecteur n’a pas un intérêt majeur pour les velléités de l’organisation politique du secteur républicain, le mieux c’est de sauter la lecture de ces chapitres. J’aurais peut-être dû suivre son conseil, car leur intérêt littéraire est clairement mineur, même si en tant que document historique, l’importance soit capitale.
Malgré la frustration de ne pas avoir pu contribuer à la défaite du fascisme en Espagne, son périple catalan marqua énormément le futur écrivain de ‘1984’, au point que toute son œuvre postérieure sera ancrée sur le combat contre le fascisme et la dénonciation de l’autoritarisme.
Citation :
« (…) c’était tout autre chose d’envoyer des hommes au combat, et de ne pas même leur dire que derrière leur dos on était en train de supprimer leur parti, d’accuser leurs chefs de trahison et de jeter en prison leurs parents et leurs amis »








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