(Howards End, 1910)
Traduction : Charles Mauron. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Londres, début du XXe siècle. Les sœurs Schlegel, deux bourgeoises avec des inquiétudes intellectuelles et artistiques se lient d’amitié avec les Wilcox, une famille aristocratique fortunée, obsédée par le gain d’argent. Margaret Schlegel sympathisera avec la vieille dame Ruth Wilcox, la matriarche du clan, qui a le projet secret de céder Howards End à Margaret comme héritage. Il s’agit d’une magnifique maison propriété de la famille Wilcox depuis des générations. En parallèle Helen, la sœur de Margaret, essayera d’aider le couple Bast, de classe plus humble.
Lutte de trois classes :
Ce magnifique roman met en scène le conflit social entre trois classes très distinctes à tous les niveaux, qui ne cesseront de se croiser sans pouvoir s’entendre. Le tout dans ce contexte changeant du début du XXe siècle, avec le déclin des aristocraties et la guerre qui se dessine à l’horizon, bouleversements qui vont influencer tous ces rapports de classe.
Les Wilcox, représentent la fin d’une ère. Ils incarnent le capitalisme et la cupidité, leur fortune vient de l’exploitation des colonies. Les Wilcox ont des préjugés et voient de mauvais œil l’attitude désinvolte des Schleguel vis-à-vis les classes ‘inférieures’.
Les Schlegel représentent le côté humaniste de la bourgeoisie. Bien que mal, elles essayent d’aider des personnes des classes moins favorisées, comme les Basts. Elles incarnent les nouvelles valeurs de la fin de la société victorienne : l’altruisme, le féminisme et le progressisme.
Les Basts représentent la classe laborieuse. Obligés de calculer tout son argent, leur situation précaire sera difficilement comprise par les autres classes. Très souvent seront victimes collatérales des malentendus entre les autres classes ‘supérieures’.
Mis à part les mésententes dérivés des différentes entre classes sociales, des mariages et héritages complexes, le sujet principal du roman est l’incommunication entre les êtres humains. Les conflits qui se créent dans l’intrigue sont souvent produits par des simples phrases qui n’arrivent pas à destinataire, des mots pas compris ou trop maladroits, ou des positions pas bien expliquées.
Les personnalités sont très marquées et les caractérisations solides. Le contraste entre les deux sœurs Schlegel est une des clés du roman : Margaret, posée et réfléchie, pensera deux fois avant d’agir, tandis que sa sœur Helen, agira selon ses émotions, de façon plus erratique, impulsive et authentique, souvent sans réfléchir aux conséquences. Un peu comme dans ‘Sens and sensibility’ de Jane Austen.
Le livre était anciennement publié en français sur le titre ‘Le Legs de Mrs. Wilcox’. Le film ‘Retour à Howards End’ est une adaptation très fidèle de ce roman, réalisé avec maîtrise, et exquise attention par le détail, par James Ivory. Cette magnifique production d’Ismail Merchant de 1992, réunissait un cast inoubliable avec Anthony Hopkins, Emma Thompson, Helena Bonham-Carter et Vanessa Redgrave. Le film remporta les Oscar de la meilleure actrice pour Emma Thompson et du meilleur scénario adapté pour Ruth Prawer Jhabvala.
Les productions cinématographiques Merchant-Ivory, tirés des romans de E.M. Forster (‘Chambre avec vue’, ‘Maurice’ et ‘Retour à Howards End’), contribuèrent à remettre dans la lumière cet écrivain un peu oublié, qui mérite largement sa place au panthéon de meilleurs écrivains anglais du XXe siècle.
Citation :
« Faire confiance aux gens est un luxe auquel seulement les riches peuvent s’attacher, les pauvres ne peuvent pas se le permettre. »








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