(1890)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Un homme sera tué de façon brutale dans une cabine du train qui relie Paris avec Le Havre. L’enquête impliquera toute un ensemble de personnages qui travaillent dans le chemin de fer, dont Jacques Lantier, le conducteur de la locomotive qui fait le trajet Paris – Le Havre et la douce Séverine, la femme de Roubaud, le sous-chef de Gare. La jeune fille aidera son mari dans des projets peu conventionnels. Les destins de Jacques et Séverine seront reliés dans le sillage d’une série d’évènements sombres et violents.
Pulsion irréfrénable :
‘La bête humaine’ est le dix-septième volume de la série Les Rougon-Macquart, probablement celui qui inclut le plus d’action et d’intrigue.
Comme d’habitude chez Zola, chacun de ses romans approfondit dans un univers particulier, ici c’est le chemin de fer. Dès l’ouverture du roman avec cette fenêtre qui permet d’espionner tout ce qui se passe dans la gare, on est en permanence quelque part de la ligne Paris – Le Havre. Une bonne partie de l’histoire se déroulera dans une station intermédiaire appelé Croix-de-Maufras, depuis laquelle les personnages observeront les trains qui passent, et à leur tour, seront observés depuis le train.
Jacques Lantier, est un personnage un peu improvisé au dernier moment, Jacques n’apparaît dans l’arbre généalogique du projet des Rougon-Macquart ni dans aucun des ébauches qui précèdent le travail sur ce roman. Cet enfant de Gervaise Macquart (‘L’assommoir’), frère de Claude (‘L’œuvre’), Anna (‘Nana’), et Étienne (‘Germinal’), n’est pas mentionné ni dans ‘l’Assommoir’ ni dans aucun autre volume de la saga. Jacques a cependant hérité cette fameuse tare que Zola a disséminé le long de l’arbre généalogique des Rougon-Macquart. Le fils de Gervaise a une passion cachée, incontrôlable : Chez lui, le désir sexuel se manifeste par une pulsion assassine. Voir le cou d’une femme de près, lui pousse au meurtre. Une jambe dénudée, c’est un appel au crime.
On est donc dans un thriller du XIXe siècle, une fresque de passions déchainées remplit d’action scabreuse presque grand-guignolesque, qui fut bien sûr scandaleux pour l’époque. Sexe, viol, meurtre, suicide, haine, mort… du Zola quoi. Il y a aussi une claire division des classes : Les riches réussiront ses stratagèmes pour se libérer de la culpabilité, les pauvres paieront les frais de la justice et porteront le fardeau des crimes commis par les riches.
Après la parenthèse ‘sage’ qui représenta ‘Le rêve’, son roman convenable, le vrai Zola est de retour et prêt à en découdre. Donc, double dose de violence et misère moral, et, comme d’habitude chez lui, c’est le côté sombre de l’être humain qui l’emporte. Mais il y a aussi une histoire d’amour. Une histoire d’amour particulière, car pour le mécanicien Jacques, la femme n’est que l’objet de ses passions les plus basses. Son vrai amour c’est Lison, sa locomotive, son idole, sa maitresse, personnage doté de caractéristiques humaines et dont Jacques partagera les angoisses et les souffrances.
Alors c’est qui la bête humaine ? La réponse n’est pas claire, car tout est bestial dans ce roman. C’est sauvage, c’est malsain. C’est un chef d’œuvre absolu.
Citation :
« Puisqu’il ne les connaissait pas, quelle fureur pouvait-il avoir contre elles ? car, chaque fois, c’était comme une soudaine crise de rage aveugle, une soif toujours renaissante de venger des offenses très anciennes, dont il aurait perdu l’exacte mémoire. Cela venait-il donc de si loin, du mal que les femmes avaient fait à sa race, de la rancune amassée de mâle en mâle, depuis la première tromperie au fond des cavernes ? »








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