(2010)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Biographie d’un artiste nommé Jed Martin. Il travaille d’abord sur des séries de peintures à grand format sur des métiers et personnages connus, dont Houellebecq lui-même, puis à des étranges compositions photographiques des cartes Michelin, pour finir avec un retour à la peinture d’un point de vue minimaliste.
L’anti-artiste :
Toujours avec ce style simple et directe, dépourvu complètement de subtilité, que certains peuvent trouver vulgaire et d’autres, dont moi, peuvent apprécier, Houellebecq présente un étrange personnage, qui, dans une version plutôt froide, va incarner les obsessions récurrentes de cet écrivain : La supériorité de la jeunesse sur la dégénérescence, la société malade et décadente qui devient une parodie d’elle-même, l’incompréhension entre les hommes et les femmes, le désenchantement.
Jed Martin est artiste presque malgré lui. Il n’est pas imbu de sa personne, il n’a pas un tempérament passionné, aucun intérêt réel par la gloire ou la réussite, il n’est même pas obsédé par son œuvre o par l’Art en général, comme c’est l’habitude des peintres de roman (‘L’œuvre’ de Zola, ‘The Moon and Sixpence’ de Somerset Maugham, ou ‘Dans le ciel’ de Mirbau par exemple). On dirait que simplement il exerce un métier d’une façon presque mécanique, sans émotion.
Cependant, ce que donne crédibilité à cet artiste si anti-artiste est cette division en trois parties (styles) dans sa carrière. Il ne va pas travailler que quand son attention est portée sur un travail artistique particulier à proposer, cela va limiter toute sa carrière à trois tendances ou ‘séries’, qui vont chacune à leur tour s’imbriquer dans l’intrigue du roman. Ce sont des concepts artistiques assez originales, auxquelles le lecteur n’aura pas du mal à adhérer, même quand une des tendances se limite tout simplement à faire des photos des cartes Michelin. Ces trois tendances vont s’accommoder aux trois parties bien distinctes du roman. Cela donne une structure très solide à ‘La Carte et le Territoire’.
Houellebecq lui-même apparaît dans le roman comme à personnage (Jed Martin va faire son portrait et Houellebecq va écrire le texte du catalogue de son exposition). C’est un portrait vraiment peu flatteur : un petit vieux maniaque, peu sociable, ennuyé par les gens et la société, mais qu’il va devenir un personnage fascinant par son mystère et son étrangeté. On dirait cependant, qu’il y a plus de Houellebecq dans le personnage principal, Jed Martin, que dans son propre personnage.
Dépourvu de provocations et polémiques, le récit est finalement assez modéré. Pas sûr que cela soit pour cette raison, mais il s’agit probablement de son meilleur roman. À lire si possible sans préjugés par rapport à son auteur. Prix Goncourt 2010.
Citation :
« Augmenter les désirs jusqu’à l’insoutenable tout en rendant leur réalisation de plus en plus inaccessible, tel était le principe unique sur lequel reposait la société occidentale. »








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