(Pappaklausulen, 2018)
Traduction : Marianne Ségol-Samoy. Langue d’origine : Suédois
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Un père qui est aussi un grand-père habite à l’étranger mais pour pouvoir garder son statut et maintenir l’autorisation de séjour, il doit rentrer en Suède tous les six mois. Pendant ces courts-séjours il habite dans le studio où normalement travaille son fils, qui doit s’en occuper aussi de la gestion de ses courriers et de la paperasse, en vertu d’un accord établi entre les deux. Sauf que ce fils, qui maintenant est un père, voudrait revoir cet accord basé dans la tradition et révoquer cette clause paternelle qui l’oblige à s’occuper des affaires de son géniteur. Le fils ne semble jamais trouver le bon moment pour évoquer cet épineux sujet avec son père.
Règlement de comptes difficile avec le père :
C’est un roman très bien écrit et très bien ficelé à niveau structure et développement. Mais c’est aussi très nordique, dans le sens que les personnages vont réagir d’une façon plus retenue et moins explosive de ce qu’on aurait peut-être l’habitude. Certains lecteurs voudraient plus d’explosions dramatiques et des personnages qui disent un peu plus ce qu’ils pensent vraiment, mais c’est comme cela, la Suède de Khemiri se trouve bien au nord. Mais soyez sans crainte, les conflits et les tensions sont bien là, bien enterrés dans la psyché de nos protagonistes, et la progression des enjeux dramatiques est très bien amorcée. Les personnages pourraient avoir plus de nuances, mais en général ils sont intéressants et bien construits.
Le gros hic qui empêche à mon sens ce roman de se hisser à la catégorie ‘magnifique’ est cette chic idée de ne pas attribuer des noms au personnages et les nommer simplement ‘un père qui est aussi grand-père’, ‘un fils qui est aussi un père’ et ‘une fille qui n’est plus une mère’. Au début c’est peut-être sympa et original, mais au bout de trois pages on n’en peut plus, et malheureusement cela dure absolument tout le long du roman. Une technique barbante qui n’apporte aucune profondeur au récit, aucune nuance, aucune créativité, seulement rajoute une fatigue inutile au lecteur. Ce n’est pas trop grave car on finit pour s’habituer, mais c’est dommage car le roman n’avait absolument pas besoin d’un artifice aussi puéril et superflu.
En dépit de ce détail mineur, le récit est subtil et intéressant. Certains lecteurs peuvent trouver cela morose, redondant ou pas assez percutant, personnellement j’ai trouvé cela très fin à niveau introspection psychologique, et la répétition de certaines séquences d’un nouveau point de vue est un dispositif réussi qui rajoute des nouvelles perspectives au récit. Les thèmes de la transmission, de la tradition et de la relève générationnelle sont traités avec finesse et classe. Écrivain à suivre.
Citation :
« L’amour est une dictature, pense le père, et la dictature c’est bien. C’est quand il avait le moins de liberté qu’il était le plus heureux »








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