(1875)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Serge Mouret, fils de François et de Marthe (‘La conquête de Plassans’), coincé, timide et introverti, devient le prêtre de la petite bourgade provençal des Artauds. Au contact de la nature et de ces paysans avec leur vies simples et saines, Serge commence à avoir des envies charnelles. Pour refouler ce désir bouillonnant, Serge se tourne vers la Vierge Marie, pour laquelle il développe une obsession mystique qui finit par lui rendre gravement malade. Très affaibli, son oncle l’envoie au Paradou, une vielle maison rural isolée, habité par le vieux Jeanbernat et sa nièce Albine, qui vivent en communion avec la nature.
La nature contre la religion :
‘‘La faute de l’abbé Mouret’ est le cinquième volume de la série Les Rougon-Macquart, dédié à l’univers de la foi et la religion..
Zola nous opposé ici les forces de la nature, la vie en liberté, la végétation luxuriante, contre les forces de la religion, les murs froids de l’église et l’obscurantisme arriéré. Serge fera tout pour combattre les tentations, jusqu’à l’obsession religieuse. Mais l’église l’étouffe, la religion lui rend malade, il asphyxie dans sa soutane. Il soignera sa blessure intérieure au Paradou, au contact d’un monde plus sauvage, plus libre. Ce combat nature/religion arrivera à son paroxysme dans une scène dantesque dans laquelle Serge imagine la nature envahir l’église. Probablement une des séquences les plus étranges de toute l’œuvre de Zola, d’une beauté sauvage stupéfiante.
Pour beaucoup celui-là est un Zola clairement mineur, avec des défauts majeurs, dont sa lenteur et son coté excessivement contemplatif. De mon côté, je trouve ce roman magnifique, même si très peu Zolaesque dans son déroulement narratif. C’est vrai qu’il y a un excès de description, nettement dans le jardin du Paradou, où on va s’attarder sur chaque plante et chaque fleur, comme si on était dans un cours de botanique. On sent que Zola veut montrer à quel point il s’est documenté, mais cela nuit un peu le récit. C’est vrai aussi, que le caractère naïf de Serge et sa lenteur naturelle (il prend son temps pour faire sa faute), ralentissent par moments ce roman. Mais, même avec ça, il y a tellement du bon et d’unique dans ce roman que on ne peut pas passer à côté.
Lorsque Serge voit ses certitudes tomber les unes après les autres au contact du monde rural, il se lancera dans une violente bataille intérieure. J’ai très rarement vu en littérature le sujet du combat de la tentation aussi bien traité. Le paroxysme mystique pour surmonter les appels de la chair fut repris quelques années plus tard dans ‘La Régente’ de Leopoldo Alas Clarín, chef d’œuvre de la littérature espagnole du XIXe, dont l’influence de Zola est palpable.
L’étrange romance entre le naïf Serge et la sauvage Albine est un des éléments souvent critiqués par excès de mièvrerie. Pour une fois que Zola ne nous sert pas du noir ni du sombre ! Ce n’est pas mièvre, c’est un amour ingénu, pur, un peu à l’écart de la société, dans une sorte de Paradis. Le Paradou, avec sa végétation secrète et luxuriante, participe de cet amour, devient un personnage en lui-même. Il sera témoin de ces Adam et Eve du temps modernes.
L’église ne sort pas la tête haute de ce roman. Elle sera dépeinte comme castratrice, misogyne et arriérée, le roman est aussi un plaidoyer contre la chasteté imposée.
Un Zola peu habituel, assez surprenant. À découvrir.
Citation :
« C’est la guerre entre nous, séculaire, implacable. Tu vois, l’église est bien petite ; elle est laide, elle a un confessionnal et une chaire de sapin, un baptistère de plâtre, des autels faits de quatre planches, que j’ai repeints moi-même. Qu’importe ! Elle est plus grande que ton jardin, que la vallée, que toute la terre. C’est une forteresse redoutable que rien ne renversera. Les vents, et le soleil, et les forêts, et les mers, tout ce qui vit, aura beau lui livrer assaut, elle restera debout, sans même être ébranlée. »








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