(Animal farm, 1945)
Traduction : Jean Queval. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐
Ce que raconte cette novella :
Les animaux de la ferme du M. Jones, encouragés par le rêve d’un vieux cochon, décident d’entamer une révolte, chasser le maître des lieux, prendre le pouvoir dans leur ferme, pour rétablir le principe d’égalité, paix et concorde. Avec comme ennemi commun l’homme, les animaux s’unissent facilement. Sauf que, très vite, les cochons s’érigent en leaders du nouvel ordre et s’octroient plus d’avantages que les autres. Les inégalités s’accroitront.
Nouveaux maîtres, mêmes chaînes :
Sous la forme d’une fable animalière, en réalité ce satyre parle bien des humains et du régimes totalitaires, plus concrètement des dérives du communisme Stalinien. C’est la désillusion du rêve socialiste et la défaite de l’idéal marxiste ce que Orwell va dénoncer ici. Un peu comme dans ‘Le seigneur des mouches’, où des enfants échoués dans une île déserte formaient une société basée sur le socialisme, le partage et l’entente, mais qui dérivait doucement vers l’autoritarisme et la violence, ici la communauté des animaux évolue de la même façon, comme si le germe du fascisme et l’asservissement était engrainé dans la société.
Cette vision pessimiste de l’être humain imprègne tout le roman, peu de lumière semble éclairer l’idée de la société façon Orwell. Car le livre fut écrit en 1945, juste après la guerre qui avait cristallisé toutes les déceptions du siècle, à commencer pour la défaite progressive de la révolution russe et l’arrivé au pouvoir de Staline, dont le chef des cochons Napoléon, en est une claire allégorie. Après une révolte qui doit mener la démocratie et la concorde dans la ferme, une dictature pire que la précédente s’installe, menée par la propre élite qui a mené la révolution. Le rêve d’un futur meilleur périclite très vite dès que les nouveaux tyrans s’installent sur place. Nouveaux maîtres, mêmes chaînes. Rien ne semble avoir changé.
Cette courte novella est incluse dans toutes les listes des meilleurs livres de la littérature anglaise de tous les temps, mais personnellement, à part son intérêt historique et sociologique, je trouve son dispositif narratif un peu plus poussif que dans son chef d’œuvre ‘1984’, et les ficelles narratives parfois un peu trop grossières. L’objectif de la dénonciation semble être bien au-dessus de la narration. Très recommandable, même si un peu daté.
Eric Arthur Blair naquit en Inde en 1903 et passa la plupart de sa vie à se battre toujours contre toute forme d’injustice, d’autoritarisme ou de dictature. Témoin des dérives de l’impérialisme britannique à l’époque du Raj en Inde, il s’engagera dans les jeunesses du parti travailliste dès son retour au Royaume-Uni. Il repartira en Birmanie en tant que fonctionnaire britannique (expérience décrite dans ‘ Une histoire birmane’). D’abord ennuyé puis dégouté de son rôle dans les rouages de l’administration coloniale, il démissionna et rentra en Europe où il commence à écrire et dénoncer inlassablement l’autoritarisme de l’empire britannique. Plus tard, il entrera en contact avec le socialisme en France et en Espagne et s’engagera en 1937 dans la guerre civile espagnole du côté des républicains, en somme perdants. Il écrira ce périple dans ‘Hommage à Catalogne’. Toutes ces expériences marquèrent de façon indélébile son œuvre et son engagement socialiste, au point qu’on ne peut pas dissocier son travail d’écrivain de celui de défenseur des droits humains.
Citation :
« Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres. »








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