(The end of the affair, 1951)
Traduction : Marcelle Sibon. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Londres, lors de la deuxième guerre mondiale. Maurice Bendrix a une relation clandestine avec Sarah Miles, femme mariée. Maurice retracera leur vie d’amants jusqu’à qu’un jour de Blitz, nos amants se retrouvent au lit et la maison sera prise dans les bombardements. C’est la fin de leur liaison. Maurice, jaloux par les distances qui Sarah a pris avec lui, se dit qu’il doit y avoir une troisième personne, un autre amant. Henry, le mari, qui a des doutes sur sa femme, se confie à Maurice, sans savoir que c’est lui l’amant. Maurice lui propose de vérifier la fidélité de Sarah à l’aide d’un enquêteur privé.
Dans ce triangle amoureux, l’amant est plus jaloux que le mari :
Un des triangles amoureux les plus intéressants que j’ai trouvé dans la littérature du XXe siècle : Henry Miles, haut fonctionnaire, sa femme Sarah Miles, et l’amant de Sarah, l’écrivain Maurice Bendrix. Sans spoiler, les relations que ce trio développe entre eux, lors de la deuxième guerre mondiale, sont complexes et fascinantes. L’amant, Maurice, consulte le mari, Henry, pour l’écriture d’un libre. Le mari se confie à l’amant, qui n’est plus l’amant. Maurice engagera un enquêteur privé pour calmer les doutes du mari, quand en réalité c’est lui qui est fou de jalousie. Au milieu de tout ça, la femme restera un mystère jusqu’à la dernière partie du roman, mais c’est elle qui guidera les destinées du trio.
Le thème principal me semble le dilemme entre l’amour et le désir, et comment le deuxième peut tourner en obsession amoureuse quand la personne désirée n’est pas à nos côtés. L’aspect incontrôlable du sentiment de jalousie est mis en avant dans le récit. De la part de la femme, le désir prend plus la forme du caprice au départ, presque d’amusement, visiblement elle s’ennuie au lit avec son mari. Mais petit à petit les deux amants sont pris dans le piège du désir, et semblent incapables d’échapper à l’attraction. Le contenu sexuel du livre est relativement osé pour l’époque, la description que Sarah fait de son désir est assez explicite et sans tabous. Derrière cet enchevêtrement des souffrances entre les trois personnages, la lucidité narrative de Greene fait briller un portrait psychologique très approfondi sur l’être humain en proie au désir.
Greene ne fait pas de jugement moral, malgré qu’à premier coup on pourrait le penser. Effectivement, ce roman est très nettement autobiographique et reflète la relation clandestine de Greene avec Catherine Crompton, femme mariée à un haut fonctionnaire anglais, qui n’arriva jamais à quitter. Le livre sera dédié à celle qui fut son amant pendant plus de 20 ans (sans le reconnaître explicitement bien sûr). Les doutes religieux de l’athée Greene, qui évolueront vers un certain catholicisme, sont aussi présentes dans le récit.
Cela nous mène au deuxième thème qui serait la religion, ou plutôt la foi. Le roman a été souvent classé dans la catégorie de roman catholique. Ce nouveau côté croyant de Greene (qui se décrivait comme un Catholique agnostique) est ici clairement visible, et le récit pourrait sembler naïf à certains lecteurs, mais je n’ai rien contre des personnages croyants, tant que c’est bien écrit et il n’y a pas des lourdeurs ou prosélytisme. Personnellement je trouve que cela se tient merveilleusement bien compte tenu de l’époque dont on parle, et les ficelles catholiques présentes dans le récit sont justifiés même pour un lecteur peu croyant comme moi.
Le style est sobre mais fascinant, la narration étant portée par les différents points de vue : celui de l’amant éconduit, le rapport du détective privé, et puis le journal intime de la femme. Du grand Greene, pour beaucoup son meilleur roman.
Citation :
« Nous sommes parfois merveilleusement heureux, et nous n’avons jamais été plus malheureux de notre vie. C’est comme si nous travaillions ensemble à la même statue, en taillant chacun dans la souffrance de l’autre. »








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