(1871)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
C’est l’origine des Rougon-Macquart. Adelaïde Fouque, dite tante Dide, épousera Rougon, un jardinier avec qui elle aura un enfant, Pierre Rougon, qui sera bénéficiaire du coup d’état de 1851, par sa connivence bonapartiste. Adelaïde, veuve après la mort du jardinier, aura une liaison avec le bandit Macquart, avec qui elle aura deux enfants, Ursula et Antoine. La jalousie d’Antoine par rapport aux succès social et économique de Pierre est centrale dans l’action du roman.
Les débuts du mythe :
‘La fortune des Rougon’ est le premier volume de la série Les Rougon-Macquart, centré sur la présentation des trois branches de la famille, les ambitions de classe sur Plassans et de la vie et la politique au début du deuxième empire.
Les trois enfants d’Adelaïde Fouque donneront lieu aux trois branches de la famille :
-La branche de Pierre c’est les Rougon, intéressés par l’argent, la cupidité et l’ambition. C’est la branche aux aspirations bourgeoises.
-Ursula, par son mariage, donnera lieu aux Mouret, personnages plus médiocres et neutres, qui manifesteront certaines faiblesses.
-Antoine ouvrira la branche des Macquart, celle qui aura plus de fragilités dues à la tare héréditaire (voir ci-dessous), où on trouvera les caractériels, les colériques, les ivrognes, les fous, les faibles, les obsédés et les malades.
Plassans est sans doute Aix-en-Provence (ma ville !). Zola vécu dans sa jeunesse et fit ses études ici (à côté de son ami Paul Cézanne). À l’époque du roman, une grosse opposition des classes sépare la ville ancienne (à l’époque pourrie et peu aéré) et la ville nouvelle (avec ses riches demeures, assimilable à ce qui aujourd’hui est le quartier Mazarin). Elles se trouvent séparées aujourd’hui par le cours Mirabeau. Au début du roman les Rougon, dans la lisière de la ville ancienne, regardent les nouveaux bâtiments de l’autre côté de la rue avec jalousie. Le rêve et l’ambition est de pouvoir habiter dans les nouveaux quartiers. Dans la carte de la ville présentée dans le projet de l’œuvre, on retrouve la forme ronde d’Aix et la même subdivision des quartiers.
De tous les romans de la série (Il me manque à lire les trois derniers au moment d’écrire ces lignes) c’est celui qui a plus des liens avec les évènements historiques (EDIT : Après lecture, ce sera encore plus le cas dans le dix-neuvième volume ‘La débâcle’ qui traite justement de la chute de l’empire). Le début du deuxième empire s’entremêle avec les vies de nos personnages aspirants à classe moyenne ou simplement à se sortir de la misère. Le sujet de la résistance après le coup d’état est aussi évoqué, et permet de présenter le jeune idéaliste Silvère (fils d’Ursule), vraie incarnation de la lumière et un des très peu personnages vraiment positifs du roman.
C’est aussi la présentation de cette tare héréditaire qui sera présente dans tous les romans de la série. Adelaïde Fouque, la matriarche et origine de l’arbre généalogique des Rougon-Macquart, développe une sénilité qui s’avère d’origine génétique. C’est la liaison entre Adelaïde et l’ivrogne vaurien Macquart qui visiblement amplifie la tare, dont les Rougon semblent un peu plus épargnés. Le long de la série, plusieurs personnages des branches Mouret et Macquart, et en moindre mesure certains Rougon (comme Angélique, la protagoniste de ‘Le Rêve’), seront héritiers de cette tare qui se manifestera par faiblesses de plusieurs types. Dès les colères et obsessions de Jean Macquart, présentes dans ce premier opus, jusqu’aux pulsions assassines de Jacques Lantier (‘La bête humaine’), on retrouvera des maladies, des folies, des addictions, des mysticismes, des instincts, des bassesses. La théorie génétique de Zola ne se tient pas trop de nos jours mais les découvertes sur la génétique étaient en plein essor à l’époque et Zola a composé avec ce qu’on savait dans son temps.
La citation ci-dessous approfondit sur l’origine de la haine ancestrale qui va relier la branche Rougon et la branche Macquart. Ce fabuleux roman, porte d’entrée d’une saga absolument magistrale, est incontournable si on veut approfondir dans le travail de cet écrivain de génie.
Citation :
« Lorsque, à dix-sept ans, Pierre apprit et put comprendre les désordres d’Adélaïde et la singulière situation d’Antoine et d’Ursule, il ne parut ni triste ni indigné, mais simplement très préoccupé du parti que ses intérêts lui conseillaient de prendre. Des trois enfants, lui seul avait suivi l’école avec une certaine assiduité. Un paysan qui commence à sentir la nécessité de l’instruction, devient le plus souvent un calculateur féroce. Ce fut à l’école que ses camarades, par leurs huées et la façon insultante dont ils traitaient son frère, lui donnèrent les premiers soupçons. Plus tard, il s’expliqua bien des regards, bien des paroles. Il vit enfin clairement la maison au pillage. Dès lors, Antoine et Ursule furent pour lui des parasites éhontés, des bouches qui dévoraient son bien. Quant à sa mère, il la regarda du même œil que le faubourg, comme une femme bonne à enfermer, qui finirait par manger son argent, s’il n’y mettait ordre. »








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