(1995)
Langue d’origine : Français
⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Pavlos, dessinateur de caricatures pour un journal parisien, rentre en Grèce, pays de ses origines, après une absence de plus de vingt ans. Sans objectif clair et sans billet de retour à Paris, Pavlos redécouvre l’Athènes de sa jeunesse lors de ses vagabondages. Il revoit des connaissances, et essaie de reconnecter avec sa culture et sa langue, au même temps qu’il écrit sur l’expérience de ce retour. Pavlos s’interroge sur la lettre epsilon qui trône sur le temple d’Apollon à Delphes et, possédé par ce mystère, réfléchit à des mots qui pourraient commencer par ‘e’ dans sa langue maternelle, les retranscrivant dans son journal. Pendant qu’il mène l’enquête, il réalise qu’il devra bientôt se rendre à Delphes pour élucider l’énigme.
Epsilon et quête d’identité :
Vous l’aurez compris facilement, derrière cette enquête sur le mystère de la lettre epsilon qui mène notre protagoniste, se cache en réalité une quête sur son identité et ses origines. Le livre est narré à la première personne, mais même si lui-même dit ne pas comprendre les raisons de ce retour au pays, à demi-mots on va petit à petit comprendre que Pavlos se questionne par rapport à son appartenance et son lien avec sa culture et sa langue d’origine. Ce processus se décline lors des retrouvailles un peu éparses qu’il tient avec son père (qui habite à Athènes mais qu’il voit peu), les conversations avec des amis et connaissances, avec des archéologues et spécialistes du grec ancien, et avec des athéniens, notamment ces conducteurs de taxi qui savent tout. Cette démarche sera aussi marquée par l’absence de sa mère, avec laquelle il ne peut plus partager ni ses inquiétudes ni ses questions.
Voilà, cela avait tout pour charmer un expatrié comme moi-même, captivé par la linguistique et le contraste entre cultures. Mais hélas, malgré tout l’intérêt qui suscite le livre et la belle écriture de l’auteur, cela est vraiment beaucoup trop bavard et manque cruellement de editing. En plus d’un certain abus de réflexions érudites plus ou moins reliés au thème, il y a malheureusement beaucoup trop des digressions qui parasitent le récit et l’alourdissent innécesairement sans lui apporter plus de profondeur. En 250 pages cela aurait pu être fascinant, mais dans l’état, à presque 400 pages, le récit est long et parfois boring.
C’est fort probable que le roman ait une partie autobiographique, vu que Vassilis Alexakis naquit à Athènes mais vécut des longues années à Paris et écrit plus souvent en Français (c’est le cas dans ‘La langue maternelle’). Alexakis se décrit à lui-même comme un écrivain grec francophone.
Beau et intéressant mais dommage que le récit ne soit pas un peu plus épuré.
Citation :
« Demain soir je serai à Delphes. Combien de jours resterai-je là-bas ? Ils passeront très vite et je me retrouverai à Athènes sans avoir éclairci aucun des mystères de cette période, sans avoir pris aucune décision. Jusqu’à quand ferai-je les cent pas dans mon appartement ? J’ai peut-être tort d’aller à Delphes. Le sanctuaire m’a offert un mystère. Il va peut-être me le reprendre, quand je serai sur place. Je vais à Delphes non pour trouver, mais pour perdre quelque chose. Cette pensée me soulage. »








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