(The machine stops, 1909)
Traduction : Laurie Duhamel. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte cette novella :
Dans un futur lointain, l’humanité vit confinée sous terre, chaque individu dans une chambre individuelle, avec accès à tout (nourriture, soins, loisirs) grâce à un sophistiqué système géré par une complexe machine. Vashti vit paisiblement une existence qui lui convient très bien, en communion totale avec les dictats de la machine. Sans sortir de sa chambre, elle assiste à des visioconférences, écoute de la musique, lit et cultive son esprit. Mais tout cela va changer lorsqu’un jour elle reçoit un appel de son fils Kuno, qui voudrait qu’elle lui rendre visite en vrai, sans technologie. Elle n’a aucune envie de quitter sa chambre pour voyager à l’extérieur, mais finit pour y accéder. Son fils évoque des faits très inquiétants en rapport à la machine, des propos qui horripilent la femme.
Black mirror 1909 :
‘La machine s’arrête’ est une surprenante novella d’anticipation écrite en 1909. D’abord par son auteur, E. M. Forster, plus habitué à des drames très british avec choc de classes et cultures (‘Chambre avec vue’, ‘Route des Indes’ etc…), qu’ici nous propose une narration détonante, très en décalage avec le reste de son œuvre. Et d’un autre côté, c’est une narration débordante d’imagination, qui, préconise un futur qui se rapproche, surtout dans les dérives de l’utilisation de la technologie, de notre société moderne. Plus de cent ans après l’écriture de ‘La machine s’arrête’, ce monde imaginé par Forster, où le besoin de sortir chercher des choses s’est transformé en besoin de ramener les choses à nous, semble bien réel.
Car la novella présente un univers qui pourrait se rapprocher de celui qu’on a vécu pendant la pandémie du Covid et le confinement massif qu’il en a suivi, en 2020 et 2021. La narration met en action un univers où les individus sont isolés, où les échanges entre êtres humains se font principalement via des intermédiaires technologiques. La procréation est une corvée, Il n’y a plus ni de vie sociale ni de nature. Depuis des années, l’humanité vit confinée dans des tunnels interminables creusés sous terre, Fini les excursions et les sorties, les déplacements sont très limités, les individus préfèrent se parler en distanciel, et rester dans ses appartements, protégés, soignés et nourris par la machine. Mais sous cet apaisement apparent se cache une étrange tristesse. Puis, le danger d’un dysfonctionnement de la machine mettrait tout cet univers immuable dans le doute et la détresse.
Peutêtre le seul sujet de la novella qui nos rapproche d’autres classiques de Forster est l’attitude coincée très british de la mère, Vashti. Tel une bourgeoise britannique du début du XXe, elle rejette tout excès émotionnel, évite de faire des vagues, et trouve que les dérives altermondialistes de son fils sont des fautes de goût inexplicables. Vashti ne comprend pas pourquoi son fils Kuno n’accepte pas les normes de conduite dictées par la machine. Ces deux personnages se trouvent en opposition total. Tandis que la dame seulement trouve du sens dans une existence sédentaire et solitaire, renfermée dans son appartement, son fils rêve d’un retour à la nature et au vrai contact entre humains. C’est dans le contraste entre ces deux visions de la société que l’œuvre trouve son principal atout.
Ce n’est pas une aventure banale dans un avenir surprenant à la Jules Verne. Forster lance plutôt un vrai débat sur le futur comportement de l’être humain en société. Car ce court roman a une portée sociologique fabuleuse, et surtout il est incroyablement d’actualité. Tel un épisode de la série britannique ‘Black Mirror’, ‘La machine s’arrête’ nous permet de réfléchir pas seulement aux dérives de la technologie, mais aussi au progressif remplacement de la vraie expérience vital, par quelque chose de virtuel, de formaté et de codifié. Et de contrôlé aussi.
Citation :
« Les hommes l’ont créée, n’oublie pas cela. Des grands hommes, mais des hommes quand même. La machine est beaucoup, mais pas tout. Je vois quelque chose qui se ressemble à toi sur cet écran, mais je ne te vois pas vraiment. J’entends quelque chose qui se ressemble à toi à travers ce téléphone, mais je ne t’entends pas vraiment. C’est la raison pour laquelle je veux que tu viennes. Rends-moi visite, pour que nous puissions nous voir face à face, et parler des espoirs qui occupent ma pensée. » (Traduction improvisée)








0 Comments