(2002)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Tsongor, empereur suprême du Royaume de Massaba, s’apprête à marier sa fille Samilia avec le prince Kouamé, mais dès le réveil la journée s’annonce funeste, présageant sa propre mort. Sango Karim, un nouveau prétendant qui surgit du passé, réclame la main de Samilia, provoquant une grosse crise qui menace de transformer les fiançailles en funérailles et de faire sombrer le royaume dans le chaos et la guerre. Confronté à un dilemme irrésoluble, Tsongor trouve une seule issue au problème.
Épopée homérique :
On se situe dans une antiquité imaginaire qui pourrait être quelque part en Asie mineur ou au nord de l’Afrique, qui rappelle sans doute Troie sous la domination grecque. Le roman regorge des personnages à l’haleine mythologique de la littérature homérique classique, sauf qu’ici il n’y a pas de dieux mais plutôt des hommes dominés par des faiblesses bien humaines. Les affrontements entre factions et le siège de Massaba, reflet de celui de Troie, occupent le noyau du roman.
Les séquences guerrières du récit sont narrées avec puissance et brio, mais seront équilibrées par d’autres scènes plus intimes, et peut-être plus intéressantes, comme celles protagonisés par Souba, le fils de Tsongor, et par l’esprit de Tsongor lui-même. Envoyé par son père Tsongor dans son lit de mort, Souba part dans le vaste royaume à la recherche du meilleur endroit pour ériger une tombe que permettrait à Tsongor de trouver le repos éternel et le passage vers l’au-delà. Cette quête mystique prendra le cœur spirituel du roman. Pendant que les armées se déchirent le long des années en bas des remparts de la ville, l’esprit de Tsongor, piégé dans un corps qui attend la délivrance, erre dans le palais regrettant amèrement le désastre qu’il a laissé.
A la façon des héros de la guerre de Troie, les conflits entre les armées qui se battent aux portes de Massaba se déclenche par la beauté d’une femme, Samilia prenant à ici la place d’Helena de Troie. Les hommes dans le récit sont souvent guidés par leur ego et leurs pulsions, tourmentés par leurs propres démons et obsessions. Notamment moins fréquentes dans ce récit de guerre, passions et haines déchainées, les femmes du récit auront un tempérament plus pratique et lucide, mais seront souvent victimes de leurs propres dilemmes, sombrant dans des conflits existentiels.
Attention aux lecteurs qui voudraient retrouver l’ambiance intime et la simplicité narrative de ‘Le soleil des Scorta’, son prix Goncourt et sans doute le plus franc succès de Gaudé. ‘La mort du Roi Tsongor’ n’a pas grand-chose à voir avec la fameuse saga des Scorta dans les Pouilles italiennes, si ce n’est que les deux romans partagent un certain côté omineux, comme de présage funeste. L’inéluctable marque du destin qui ferait que les personnages avancent inexorablement directement vers l’ombre qui se cerne sur eux.
Ce remarquable sens du dramatique donne un air quelque part Shakespearien au roman, plus qu’Homérique, soulignant les violents conflits qui animent nos héros grâce à une notable introspection psychologique. Magnifique réussite.
Citation :
« La guerre ne va pas au-delà d’aujourd’hui. Ce qui va naître ensuite, c’est le carnage des enragés. Que ceux qui le peuvent encore s’en aillent, sans honte, et retournent d’où ils viennent pour raconter ce que nous fûmes. »








0 Comments