(Maitreyi, 1933)
Traduction : Alain Guillermou. Langue d’origine : Roumain
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Calcutta, années 30. Allan, un ingénieur européen, arrive en Inde et s’installe chez son employeur, l’entrepreneur Narendra Sen. Accueilli et presque adopté par la maisonnée, Allan fait la connaissance de la famille. Au début indifférent au charme de Maitreyi, la fille de Marendra Sen, Allan tombera petit à petit sous le charme, le mystère et l’attrait inexplicable de la jeune fille. Mais cette attirance mutuelle doit rester cachée, leurs amours étant totalement impossibles, car la famille de Maitreyi n’autoriserait jamais un mariage hors caste.
Histoire d’amour avec choc de cultures :
Roman de forte inspiration autobiographique, ‘La nuit Bengali’ retrace en quelque sorte le séjour du propre écrivain en Inde entre 1928 et 1932, chez le philosophe Surendranath Dasgupta (qu’on appellera Narendra Sen dans le roman) et ses amours interdits avec la fille de celui-ci, appelé Maitreyi, comme dans le roman. Allan, sorte d’alter ego de Eliade, succombera petit à petit au charme de la jeune fille, séduit précisément par les différences qui le séparent. Le poids des traditions, la spiritualité indienne, et leurs façons contradictoires d’approcher la société, produiront un choc de cultures qui, loin d’éloigner Allan et Maitreyi, ne fera qu’attiser le feu de leur amour.
Ce même contraste entre cultures qui attire Allan et Maytreyi l’un vers l’autre, est à la racine de l’impossibilité de concrétiser leur amour, scellant cette relation d’une fin inévitable. Indépendamment de comment cela s’est produit dans la réalité de la vie d’Eliade, le roman ne propose pas l’histoire d’une passion, mais plutôt une vraie histoire d’amour : chaste au début, avant de devenir enflammée plus tard, mais restant toujours intime, spirituelle et profonde.
Très inspiré de l’œuvre de Rabindranath Tagore, ‘La nuit Bengali’ partage un approche et sensibilité similaire. Le prix Nobel indien apparait indirectement dans le roman en tant que mentor de la jeune Maitreyi, épisode qui a aussi un écho dans la réalité, car la vraie Maitreyi fut vraiment disciple de Tagore.
Ainsi, avec le temps, la Maitreyi de la vie réelle devint une poétesse réputée. Dans les années 70, elle prit connaissance de ce roman écrit plus de 30 auparavant. Après lecture, la vraie Maitreyi trouva que la Maitreyi romancée portait attente à sa réputation, et écrivit en 1974 ‘Na Hanyate’ (traduit en anglais comme ‘It Does Not Die : A Romance’), roman dans lequel elle donnait sa version des faits : les amours entre elle et Eliade furent impossibles et il n’eut jamais de ‘nuit bengali’.
Qu’il soit une fiction, un récit réel ou un mélange des deux, ‘La nuit bengali’ est un roman magnifique, sensible et émouvant.
Citation :
« Je l’écoutais comme on écoute une légende mais en même temps je sentais combien elle s’éloignait de moi. Que son âme était donc compliquée ! Une fois de plus je me rendais compte que seuls les gens civilisés sont simples, naïfs et clairs. Ces Indiens que j’aimais au point de vouloir devenir l’un d’entre eux gardaient chacun au fond de soi toute une histoire et une mythologie impénétrables. Comme ils me paraissaient touffus et profonds, complexes et inintelligibles ! »








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