(Phantastische Nacht, 1922)
Traduction : Alzir Hella. Langue d’origine : Allemand
⭐⭐⭐
Ce que raconte cette novella :
Un aristocrate viennois froid et peu empathique assiste encore une fois aux courses hippiques, même si l’ambiance lui fait mourir d’ennui. Attiré par la voix d’une femme qu’au début le séduit mais finalement trouve vulgaire, notre protagoniste fera un geste inattendu qui va entrainer une série de petits évènements qui, en une seule soirée, vont opérer une métamorphose complète de sa personnalité.
Aristocrate snob s’encanaille lors d’une étrange soirée :
Ce n’est pas le plus abouti des récits de Zweig, mais il y a dans ‘La nuit fantastique’ quelque chose de malsain et tordu qu’on voit peut-être de façon plus évidente ici que dans ses autres romans. Car la transformation de notre détestable et snob protagoniste, va être entrainé, non par un geste positif ou une bonne action quiconque, mais plutôt par un acte impulsif et minable de pure mauvaise foi. C’est ce contraste entre le petit plaisir malsain et la grandeur de l’être humain, ce qui fait finalement assez intéressante cette œuvre.
La soirée va durer plusieurs heures jusqu’à bien entrée la nuit, notre protagoniste va s’encanailler progressivement, sombrant dans une ambiance de plus en plus sordide et dangereuse. Les évènements, même si réalistes jusqu’à un certain point, sont de plus en plus étranges, ce qui contribue au côté symbolique du récit. C’est comme si on était dans un roman exemplaire dont la morale du récit n’est pas si claire que cela. Est-ce que pour devenir des humains empathiques on doit assumer notre côté le plus sombre et égoïste ?
Le personnage n’est pas agréable, sa seule qualité rédemptrice est finalement celle de connaitre ses failles et les assumer. Il sait qu’il est insensible, froid et distant, même si cela ne lui fait absolument pas souffrir. Toujours un peu absent de sa propre vie, il aimerait bien que cela change, mais il ne fait rien pour y remédier. Notre narrateur trouve que la vie est banale et tout le monde l’ennuie, lui-même inclus. Pas facile pour le lecteur d’adhérer à ce personnage plutôt détestable.
Bizarrement pour un auteur comme Zweig qui épurait ses romans jusqu’à l’obsession, ‘La nuit fantastique’ traine par moments, et il y a quelques redondances, même pour un roman assez court. Mais l’introspection psychologique, l’ambiguïté morale et l’habilité narrative habituels de l’écrivain sont au rendez-vous et font de cette novella une lecture plus qu’agréable.
Citation :
« Mais dans cette horreur il y avait encore une joie magique, car même dans ce vil miroir je reconnaissais des choses depuis longtemps oubliées et sourdement ressenties : c’était là un monde trouble et marécageux que j’avais traversé bien des années plus tôt et qui maintenant faisait de nouveau briller dans ma sensualité ses phosphorescences. Quel étrange phénomène que les choses remuées en moi par cette nuit fantastique, étrange la façon dont soudain elle mettait à nu les profondeurs de mon être et me découvrait ce qu’il y avait de plus obscur dans mon passé, de plus secret dans mes instincts ! »








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