(La pasión turca, 1993)
Traduction : Dominique Lepreux. Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Desideria s’ennuie dans son mariage et mène une vie monotone à Huesca, en Espagne. Lors d’un voyage touristique à Istanbul elle tombera éperdument amoureuse du guide du groupe, le turc Yamam. Du retour de ce voyage Desi est incapable d’oublier la passion qu’elle a vécue et, sur un coup de tête, elle plaque tout : famille, mari et amis pour joindre Yamam en Turquie, prête à s’installer avec lui. La passion débordante qui lie le couple fleurit à Istanbul, mais petit à petit Desi sombre dans un rapport de soumission qui inquiète ses proches.
Histoire d’une soumission autodestructrice :
Écrit en 1993, je doute fort que ce roman aurait eu maintenant, plus de trente années plus tard, le même succès colossal (1 million d’exemplaires vendus en Espagne) qu’aux années 90. Depuis, le 11 septembre de 2001, la guerre d’Irak, le me too, Obama et Trump ont fait évoluer énormément la façon de voir le patriarcat et le monde musulman. Le sujet est gênant à plusieurs niveaux, car pour expliquer cette passion dévastatrice qui vit Desideria, on a besoin d’un mâle dominant et autoritaire, et ce rôle est endossé par Yamam, un musulman qui semble sympathique au début du livre, mais qui petit à petit va se dévoiler comme quelqu’un de beaucoup plus sombre. D’entrée la vision du monde arabe est assez schématique : à lire le livre, on pourrait croire que tous les arabes seraient comme Yamam, des goujats sexistes.
Mais ce qui a vieilli le plus est l’attitude soumise de la propre Desi, cela passe beaucoup moins. Elle s’efface totalement par amour, se sacrifie pour cette passion indomptable qui bouleverse complètement sa vie, et de laquelle elle ne peut et ne veut pas échapper. Desi devient volontairement l’esclave de Yamam, se soumettant à la dictature de l’homme. Aucune volonté, aucune autonomie, aucune prise de contact avec la réalité, la passion de Desi est beaucoup trop romantisée comme pour passer par la mise en garde. C’est clair que c’est gênant. Déjà le roman fut controversé à son époque, alors 30 années plus tard cela risque de froisser davantage beaucoup de lecteurs.
Malgré tout cela, le roman est narré avec brio et style, et en plaçant le point de vue de la narration sur Desi, ses sentiments et ses pensées, nous pouvons comprendre comment elle fonctionne et le mécanisme qui fait qu’elle se laisse dériver vers la soumission. L’introspection psychologique est remarquable et le récit est ciselé et prenant, malgré un excès d’ébullition sentimentale. Tout comme Desi, le livre assume ses excès et son manque de retenue. Gala, principalement connu jusqu’aux années 80 en tant que dramaturge et poète, maîtrise les mots et le phrasée, et il sait faire vivre l’intensité de cette passion avec une vraie conviction littéraire.
Malgré son sujet épineux et son développement sans doute daté, ‘La passion turque’ reste un roman intéressant, très dynamique, et bien écrit.
Citation :
« Je supportai avec ravissement cette nouvelle forme de possession. »








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