Littérature des 5 continents : Europe・Finlande

La pêche au petit brochet

Juhani Karila

(Pienen hauen pyydystys, 2019)
Traduction :   Claire Saint-Germain.   Langue d’origine : Finnois
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Laponie orientale, juin. Comme tous les ans, Elina vient à la maison de ses parents pour pêcher le dernier brochet qui reste à l’Étang, par une cause mystérieuse. Mais cette année le rituel risque de ne pas être aussi facile, d’autant qu’un Ondin, une créature fantastique, commence à s’emmêler de l’affaire. Elina s’acharne à pêcher le brochet par tous les moyens possibles, même surnaturels.

Parallèlement, Janatuinen, une jeune inspectrice de police, s’y rend dans la région à la recherche d’Elina, avec l’objectif de résoudre un étrange crime.

Réalisme magique finnois :

C’est un livre original et créatif, remplie de magie et mystère, avec cette tonalité absurde et cet humour cynique qui caractérisent souvent les récits finnois. Un peu comme un Murakami mais en plus nordique encore. Autre l’ondin qui s’oppose à la pêche d’Elina, d’autres créatures étranges (des floches, des teignons, un certain Olli-Mangeclous…) vont intervenir dans un récit qui va pencher progressivement du côté fantastique. La narration est drôle et bien menée même si parfois on aurait aimé plus de développement sur la caractérisation des personnages : Dans l’extérieur sont bien marqués et loufoques, notamment les créatures, mais à niveau introspection psychologique, ils sont tous un peu creux. Dans ce sens la narration de “La pêche au petit brochet” est un peu trop plot driven, l’action est clairement imposée aux personnages, en opposition au plus intéressant character driven, où l’action se découle justement du caractère des personnages.

Dans ce genre d’ouvrage fantastique souvent le mystère et le surnaturel finit par prendre toute place dans la narration, et c’est bien le cas dans ce livre. J’ai eu une petite déception vers le dénouement ou tous les rebondissements semblent s’empiler et les personnages disparaissent entièrement à la faveur de l’action, mais je ne vais pas spoiler. L’intrigue policière semble aussi se dérouler sans que l’écrivaine lui accorde trop d’importance, et le caractère de l’inspectrice Janatuinen m’a semblé peu travaillé, presque inexistant. Malgré cela, le riche imaginaire des mythes finnois et l’ambiance étrange et surréaliste du récit, font que le roman se lise avec aisance et plaisir.

Le roman se déroule de façon suggestive et mystérieuse pendant une bonne première moitié (environ 200 pages), sans qu’on ne sache pas trop ce qu’Élina ne fabrique, ni la raison derrière son obsession pour la pêche de ce dernier brochet du lac, ni pourquoi toutes ces créatures fantastiques s’intéressent à cette quête au brochet. C’est un storytelling intrigant et bien ficelé ; un lecteur intéressé peut être charmé par cette façon nordique de développer la narration à coup de mystère et d’extravagance.

Je ne sais pas pour quelle raison, la quatrième de couverture français et presque tous les critiques que j’ai lus, spoilent un développement clé de l’intrigue, expliquant la raison ultime de cette pêche au brochet. Dans le livre cette explication met du temps à arriver et n’apparait que vers le milieu. Ce n’est pas trop important, mais si vous ne voulez pas être spoilés, il vaut mieux que vous ne lisez plus rien sur ‘La pêche au petit brochet’.

Lecture facile, intéressante et curieuse, en plus de totalement dépaysante.


Citation :

« Ils parlèrent du temps. De celui qui faisait dans le Sud et de celui qu’il faisait dans le Nord. Elina avait souvenir que Jousia proclamait que les conversations sur le temps qu’il fait menaient systématiquement le monde à sa perte, et le voilà pourtant qui se remémorait que, deux semaines plus tôt, il avait gelé pendant la nuit. »

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