(Rummet, 2009)
Traduction : Rémi Cassaigne. Langue d’origine : Suédois
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Björn est un fonctionnaire assigné à un nouveau poste au sein de l’administration. Très convaincu de son talent et méprisant des capacités des autres, Bjorn est un homme psychorigide qui analyse le monde qui l’entoure d’une façon bien particulière. Il organise ses journées d’une façon très méthodique en vue à exécuter son travail d’une façon efficace, ce qui ne manque pas d’ennuyer ses collègues, car Bjorn ne prend pas des pauses café ni perd pas le temps à bavarder. Par hasard, dans le couloir qui mène aux toilettes, il découvre une pièce que personne ne semble utiliser. Tandis que Bjorn se rend de plus en plus dans cette pièce dans laquelle il se sent bien, ses collègues sont de plus en plus agacés par son côté bizarre, au point que Bjorn réussi à se mettre tout le monde à dos. La position des collègues est unanime : Bjorn est fou, la pièce n’existe pas.
Bartleby 2.0 :
‘La pièce’ puise ses sources dans la nouvelle ‘Bartleby, le scribe’, écrite par Helman Melville en 1853. Dans le classique de Melville, un employé de bureau refuse calmement de faire ce qu’on lui ordonne. À chaque ordre il répondra sans aucune rébellion, paisiblement : « Je préférerais ne pas le faire ». La douceur de ce refus paradoxale crée un émoi incroyable et met tout le bureau dans le chaos. ‘La pièce’ récupéré cette structure et un mécanisme narratif similaire pour proposer aussi une réflexion sur les limites de la transgression et l’acceptation de la différence.
‘La pièce’ est un roman étonnement très simple mais fascinant, qui dévoile son étrange intrigue à travers des chapitres très courts d’une efficacité redoutable. Sans une virgule de trop, avec un style très direct, le récit mène le lecteur à la réflexion à travers d’une situation qui n’est pas évidente du premier abord, par son côté singulier et métaphorique. De quoi nous parle en réalité Karlsson lorsqu’il évoque cette chambre que seulement Bjorn peut voir ?
Une première et trop simple lecture serait de regarder ce côté désagréable, méprisant et imbu de sa personne de Bjorn, et se ranger de côté des collègues qui ne le supportent pas, ou de ce chef de service qui essaie de temporiser avec une situation impossible. Mais, au-delà de cette lecture au premier dégrée, on comprend que grâce à cette pièce, imaginaire ou pas, Bjorn se trouve mieux. Du coup sa performance au travail augmente en flèche au point de devenir un modèle d’efficacité. Une réflexion s’impose.
Et si Bjorn n’est pas fou ? Et si la pièce est tout simplement une métaphore d’un autre univers géré par d’autres règles dans lequel l’étrange façon de raisonner de Bjorn s’intégrerait mieux ? Un espace avec une logique particulière qui correspondrait mieux à son tempérament décalé. Un espace qu’il ne trouve pas dans la société standardisée du bureau. Et si Bjorn serait quelque part dans le spectre de l’autisme et n’arrivait pas à se socialiser comme les autres voudraient ? Et si la pièce serait le seul espace que lui permettrait de sauvegarder sa sérénité ? On ne devrait pas respecter son choix et le laisser aller dans ‘sa’ pièce ?
Voilà donc, quand les collègues s’acharnent à lui enlever le droit d’aller dans cette pièce que, rappelons-le, eux ne voient pas ; en réalité ils sont en train de lui nier son droit de raisonner différemment. C’est une pression sociale insoutenable, une obligation de toujours s’adapter aux autres, de se plier à chaque fois aux desseins de la société, de la majorité. D’accord, Karlsson s’est occupé de compliquer notre dilemme en faisant Bjorn arrogant et fatigant, mais… On ne devrait pas faire un effort de comprendre l’univers de ceux qui sont différents ?
Citation :
« Les gens stupides ne savent pas toujours qu’ils sont stupides. Peut-être sentent-ils que quelque chose cloche, peut-être remarquent-ils que les choses ne se déroulent pas comme ils l’attendaient, mais peu savent que c’est à cause d’eux. Qu’ils sont pour ainsi dire la racine de leurs propres problèmes. »








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